Parcours d'un souverainiste, oui ça existe!

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Pierre Karl Péladeau, selon l'auteur de cette lettre, «aura eu le mérite de nous réveiller la conscience, de dynamiser la réflexion, entre autres en créant l'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI).»

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Le Nouvelliste

Le jeune adulte que j'étais en 1970 ne comprenait pas encore toute la profondeur des convictions souverainistes. Issu d'une famille libérale, celle de Lesage, de Gérin-Lajoie, rien à voir avec le résidu actuel, je me tournais vers ce nouveau parti, le PQ, qui annonçait un projet que je trouvais emballant. Emballant certes mais au pourtour encore beaucoup défensif, où on tentait de s'affirmer, selon moi, par la négation: «anti-boss», «anti-anglo», «anti-américain», bref une affirmation adolescente.

La victoire de 1976, plus ou moins attendue, semait alors une lueur d'espoir, lueur qui allait culminer, puis péricliter au lendemain du référendum perdu de 1980. Je conserve de cette époque des souvenirs amers où se mêlent l'incompréhension face au comportement de nombreux Québécois et la frustration face à la campagne de peur et de salissage qu'avaient menée les libéraux fédéraux sous l'égide de Jean Chrétien.

La victoire, encore plus inattendue que celle de 76, du PQ en 1981 ne sut en aucune façon atténuer ces frustrations. Autant le 1er mandat avait été génial: loi 101, loi anti-scab, zonage agricole , autant le second fut d'une médiocrité consommée, avalant au passage le rapatriement de 1982.

J'entrai alors en latence jusqu'à l'épisode de l'accord du Lac Meech. Les propositions minimalistes contenues dans l'accord ayant été refusées par le ROC contribuèrent à rallumer la flamme qui vacillait en moi. Un sondage réalisé en juin 1990 donnait plus de 60% du vote au camp du OUI, comme quoi l'émotivité des Québécois face à leur destin jouait ici le rôle d'un fabuleux ressort.

Un ressort qui allait nous mener jusqu'à la porte du trésor lors du référendum de 1995, référendum perdu, ou volé, vous vous en souvenez tous dans des circonstances particulières, circonstances auxquelles le nom de Jacques Parizeau sera toujours malheureusement associé.

Depuis, à part quelques soubresauts ça et là c'était le calme plat. C'était, dis-je, jusqu'à l'arrivée de PKP. Une arrivée qui bouscula les idées reçues et qui, combinée à la mort du phare qu'était Parizeau, ramena l'idée de l'indépendance au centre du débat public, il était temps, les Écossais et les Catalans ne peuvent pas toujours jouer les premiers rôles. PKP aura eu le mérite de nous réveiller la conscience, de dynamiser la réflexion, entre autres en créant l'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI).

Son départ soudain ouvre maintenant de nouvelles voies: convergence des souverainistes, recentrage du PQ au centre de l'échiquier. Certains seront tentés d'ajouter que son départ aura permis de trouver le sauveur tant attendu. Oui le charisme et la forte personnalité d'un chef sont des outils nécessaires pour prendre le pouvoir, mais pour ma part l'idée n'est pas tant de prendre le pouvoir mais plutôt de prendre le large, de larguer les amarres, vers un projet fondateur et emballant.

Le prochain rendez-vous est fixé en 2018, 410 ans après la fondation de Québec. L'enjeu sera de taille: comment allons-nous envisager notre avenir ? Je ne vous étonnerai pas en vous révélant que mon choix est fait. Comme plusieurs de mes compatriotes je souhaite un pays mais pas n'importe lequel.

Je vous esquisse en terminant ce que j'estime être un projet de société emballant. Je rêve d'un pays souverain qui saurait orienter lui-même son développement économique. Finies les chicanes avec le fédéral pour savoir si on peut ou pas agrandir l'aéroport, le port, réparer ou construire de nouveaux ponts; fini le temps où on se retrouve engagé dans des guerres dont nous ne voulons pas; fini le temps où notre préoccupation environnementale se ratatine comme peau de chagrin.

Je rêve d'un pays ouvert, c'est dans sa géographie même. Ouvert aux idées, aux Hommes, aux idéaux, dans le respect de ce qui nous distingue: notre langue, notre culture, nos valeurs. Je rêve d'un pays dynamique où, grâce à un projet social emballant, il y aura le moins possible de laissés-pour-compte, où le discours patronal-syndical cherchera à maintenir la cohésion à laquelle nous sommes tenus.

J'ai cru un temps que j'étais comme le béluga, une espèce en voie de disparition. Je vous laisse ici un message d'espoir: les bélugas ne disparaîtront pas.

Alain Soulard

Trois-Rivières




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