Hommage à Benoît XVI, penseur audacieux

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Plusieurs considèrent l'oeuvre de Benoît XVI comme étant celle d'un «Mozart de la théologie».

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Le Nouvelliste

Récemment, j'ai lu les Dernières conversations de Benoît XVI (Joseph Ratzinger), ce pape émérite que j'ai appris à connaître et à aimer, convaincu, avec l'historien Peter Watson, qu'il figure parmi les derniers représentants du «génie allemand». Du moins, de nombreux lecteurs considèrent son oeuvre comme celle d'un «Mozart de la théologie» où l'acuité intellectuelle intègre à la plus haute réflexion ce «trop-plein du coeur» qui rappelle le témoignage du Christ: l'homme ne vit pas seulement de pain.

Certes, Benoît XVI a été victime de nombreuses injustices malgré les efforts déployés pour dissiper les malentendus, dénoncer les abus, répondre aux questions, favoriser le dialogue, la réflexion, la communion. Je pense, entre autres, à ses Discours au monde (publiés en 2013), plus particulièrement ceux qu'il a adressés aux élites, aux représentants de la culture, du savoir et de l'université.

Malheureusement, nous vivons dans un monde allergique à toute sacralité, à toute altérité, à toute transcendance. Il semble même que l'évangile nihiliste se propage partout, à toute vitesse, pour mieux couronner chacun, isolé dans sa solitude ou dans la multitude, des lauriers suicidaires de la pure envie, du ressentiment, du mensonge, de l'ennui, de l'exaspération et de la volonté d'en finir. Ce n'est pas par hasard que nos prestidigitateurs de la pensée s'efforcent constamment de travestir les instincts de mort en passions anodines, en bons sentiments, en théories rassurantes, en techniques de divertissement, en autorisations morales de tuer, en dispositions juridiques visant une prédominance de fait de la légalité sur la justice.

Voilà la Bonne Nouvelle dont notre monde s'enorgueillit jusqu'à en faire l'un de ses principaux thèmes littéraires, l'un de ses principaux gains politiques. Car si Dieu est mort, la mort est Dieu, proclament des adeptes de la pensée positive! Ainsi, notait le regretté Jean-Paul II, notre époque assiste à l'émergence d'une «culture de mort» où la vie est un processus de corruption, et où la mort, corruption absolue, devient l'absolu de la vie. À ce chapitre, l'attitude des Québécois face à la loi sur l'aide médicale à mourir a rendu possible le consensus le plus large (en matière de questions fondamentales) dans l'histoire récente du Québec: «C'est la mort qui nous a réunis», écrit Denise Bombardier, tout en précisant regretter «que les projets de loi qui concernent la vie ne parviennent jamais à ce genre de consensus»! Or, qu'y a-t-il de pire que l'usure de l'espérance, que le consentement à la dissolution, à la paix de l'inorganique? N'est-il pas troublant que des responsables de gouvernement, des commentateurs politiques et des artistes voient dans le fait de mourir pour mourir la vraie beauté de la vie?

Dans une telle optique, rien ne nous retient: nous sommes désormais sans racines ni horizon, privés du sens même de notre nom. Saint Augustin avait déjà prévu le coup en soulignant la réciprocité entre scientia et tristitia. Manifestement, affirmait-il, le simple savoir rend triste. Il nous laisse en suspens dans le vide, dénaturé, enserré par le néant. Aussi la science moderne, parcellisée en une multitude de savoirs qui s'ignorent les uns les autres, a-t-elle renoncé à sa majuscule avec le temps. Comme l'a répété le chansonnier Léo Ferré: «Avec le temps, va, tout s'en va». Il ne nous reste donc qu'à fuir dans des paradis artificiels... et à sombrer avec élégance, dira le philosophe Michel Onfray, quitte à endosser les «raisonnements» d'amis raisonnables ou les cancans de l'opinion publique plutôt que d'envisager les «clameurs» de Job, les larmes de Marie-Madeleine ou les prières de Pascal. D'où l'appel de Benoît XVI à la vigilance, à l'attention, à la veille. Car aucune philosophie, aussi prétentieuse soit-elle, ne peut écarter d'elle l'incompréhensible, l'énigmatique, le mystérieux, sans trahir ce qui la fait vivre. Le chrétien n'est-il pas d'abord le disciple de Celui qui a dit: «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas»?

André Désilets

Trois-Rivières




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