Légionellose: un véritable programme de gestion des risques s'impose

Comme quelques autres fontaines de Trois-Rivières, les jeux... (Olivier Croteau)

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Comme quelques autres fontaines de Trois-Rivières, les jeux d'eau de la place Pierre-Boucher ont dû être fermés cette semaine par mesure de précaution, à la demande des autorités de la santé publique. Depuis le début du mois de juillet, huit cas de légionellose ont été déclarés en Mauricie et au Centre-du-Québec alors qu'habituellement, il y a entre un et huit cas par année.

Olivier Croteau

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Le Nouvelliste

L'auteur, Mario Bellavance, est ingénieur.

À l'été 2012, 181 personnes étaient infectées par une bactérie dont la source était la tour de refroidissement du complexe Jacques-Cartier de la ville de Québec. Quatorze de ces personnes mouraient d'une forme de pneumonie, la maladie du légionnaire. Afin de prévenir cette maladie, le gouvernement du Québec adoptait un règlement quelques mois plus tard. Il obligeait les propriétaires de tours de refroidissement à enregistrer leur équipement et détenir un programme d'entretien qui respecte certaines procédures d'entretien. Une année plus tard, le règlement était bonifié afin d'inclure une procédure d'échantillonnage et d'analyse de l'eau de refroidissement. À la suite du dépassement de la concentration en Legionella pneumophila au-dessus de certains seuils, les propriétaires étaient tenus dorénavant d'effectuer des actions correctives. Près de cinq ans après l'éclosion de légionellose dans la ville de Québec, alors qu'un cas sévère de légionellose contracté sur l'île de Montréal vient de m'être rapporté, le temps est maintenant venu de nous demander où l'on s'en va avec tout ça. Que fait-on maintenant? Quoi faire pour accroître la sécurité du public?

Premièrement, en rapport avec la prévention de la légionellose, le règlement du gouvernement du Québec ne cible qu'une source d'infection: les tours de refroidissement. Pourtant, la norme 188 de l'American Society of Heating Refrigerating and Air-Conditioning Engineers (ASHRAE) qui vise à réduire les risques de transmission de la légionellose identifie plusieurs sources potentielles d'infection: les spas, les fontaines décoratives, les humidificateurs et les équipements générant des aérosols mais aussi les réseaux d'eau potable, les conduites d'eau chaude, les pommes de douche... 

Les élus des municipalités sont-ils au fait des sources potentielles d'infection présentes sur leur territoire? Doit-on attendre de nouveaux décès pour compléter la démarche préventive amorcée en 2013?

Deuxièmement, une étude réalisée dans le cadre d'un programme de maîtrise en environnement affirme: «Les résultats de l'analyse comparative démontrent que ce règlement prend en considération 11 des 39 facteurs de risque considérés comme prioritaires.» Sans aller dans les détails de cette analyse, mes observations sur le terrain cadrent tout à fait avec celle-ci : tour de refroidissement difficile d'accès, hublot d'accès au bassin d'eau refroidie de la tour obstrué par un mur du bâtiment, circuit d'eau ouvert de la tour de refroidissement qui s'étend sur plusieurs étages d'un immeuble offrant une surface privilégiée à l'accumulation de saletés et la prolifération bactérienne... 

Est-ce que ces facteurs à risque ont été réduits ou éliminés à la suite de l'adoption du règlement du gouvernement du Québec? Pas nécessairement. Pourquoi? Parce que les questions de l'ordre de la conception et de la sécurité générale à respecter lors des inspections et des opérations de maintenance ne sont pas mentionnées dans le règlement. En conséquence, les propriétaires des tours de refroidissement ne sont pas tenus de s'y conformer.

De plus, selon le règlement actuel, les techniciens sont aptes à rédiger un programme d'entretien pour les propriétaires de tours de refroidissement. Bizarre tout de même, quand il s'agit de poursuivre un objectif aussi élevé que celui de protéger la santé publique! Qui d'autre qu'un ingénieur peut être autorisé à effectuer une analyse de risques qui tienne compte autant de la conception des installations de refroidissement que de leur fonctionnement et leur entretien? Quel professionnel est autorisé pour apporter les correctifs requis?

Plusieurs répondront: «Pourquoi s'enfarger dans les fleurs du tapis? Les analyses mensuelles d'échantillons d'eau de refroidissement permettent de contrôler les installations à risque.» En effet, le règlement stipule que lors d'un événement où la concentration en Legionella pneumophila dans l'eau de refroidissement est égale ou supérieure à 10 000 UFC/L, le propriétaire doit en identifier la cause, appliquer des actions correctives ainsi qu'en vérifier l'efficacité. Cette procédure est-elle suivie? Nul ne le sait. Par contre, des produits chimiques sont ajoutés sans que ce ne soit spécifié au règlement gouvernemental. En effet, plusieurs programmes d'entretien contiennent une procédure de surchlorination automatique lorsque la concentration en Legionella pneumophila dépasse le seuil des 10 000 UFC/L. Est-il permis de s'interroger sur la possibilité de conflits d'intérêts quand un programme d'entretien est élaboré par un professionnel à l'emploi d'un fournisseur de produits chimiques?

Il ne s'agit pas de revenir à la période d'avant 2013, celle où l'ignorance ou la négligence faisait la règle. Leur période de validité de cinq ans écoulée, il s'agit d'invalider les programmes d'entretien des installations de tours de refroidissement qui ne contiennent pas une analyse de risques réalisée par des ingénieurs, par des professionnels indépendants. La période où les programmes d'entretien sont rédigés avec le souci principal de se conformer à un règlement gouvernemental doit prendre fin. Commençons une nouvelle période, celle où la réduction effective des risques de transmission de la légionellose est une priorité. Afin d'atteindre cet objectif, la connaissance pratique du mode de multiplication des

 légionelles et leur transmission dans l'environnement sont non seulement essentielles mais aussi celle des installations de tours de refroidissement, de leur conception, leur fonctionnement et leur entretien. Un programme de gestion qui identifie avec précision les facteurs de risques propres à chaque installation doit être mis en place.

Les édifices gouvernementaux, les établissements d'enseignement tout comme les hôpitaux doivent démontrer leur leadership en ce sens. Ils doivent faire la preuve que la période des programmes d'entretien qui ne s'adressent pas aux facteurs de risques d'une installation est révolue. De plus, les établissements hôteliers, les édifices commerciaux devraient accroître leur leadership et leur notoriété en matière d'énergie et d'environnement (LEED) en ajoutant la protection de la santé publique à leurs critères de gestion. 

Cet été, c'est en plein le temps de corriger le tir...




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