L'art de dire n'importe quoi

Le maire Yves Lévesque... (Sylvain Mayer)

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Le maire Yves Lévesque

Sylvain Mayer

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Le Nouvelliste

Je suis candidate comme conseillère municipale, mais je demeure avant tout une citoyenne. Et comme citoyenne, je n'aime pas qu'on me dise n'importe quoi. D'ailleurs, l'un des rôles que j'attribue à une ou un élu municipal, rôle que je compte honorer, est celui de bien informer ses citoyens, et de s'assurer que les dossiers qui les concernent, que ce soit dans leur district ou dans leur ville, leur soient bien expliqués. Je vais donc faire en sorte que mes bottines suivent mes babines.

Dans une entrevue diffusée le 10 juillet sur les ondes du 106,9 FM, le maire de Trois-Rivières clame haut et fort qu'il faut dire les faits et qu'il ne faut pas dire n'importe quoi. Je suis tout à fait d'accord avec lui. Période électorale ou pas, un maire devrait être capable de bien informer sa population et de bâtir ses arguments sur des faits réels. Malheureusement, ce que j'ai entendu sur les ondes de cette radio était loin d'être des propos justes et sensés.

Lors de cette entrevue, le maire se donne le crédit de la hausse de la valeur du parc immobilier de Trois-Rivières, c'est-à-dire l'ensemble des immeubles sur son territoire, de 2002 à 2017. Il va même jusqu'à suggérer qu'il en a fait plus pour Trois-Rivières en 16 ans, que ce qui a été fait au cours des 360 années précédentes.

Comment peut-on prétendre avoir réalisé davantage en 16 ans qu'en 360 ans? Il est vrai qu'on ne peut pas dire que le maire Lévesque n'a rien fait pendant ses années de mandats. Mais de là à défendre ses accomplissements en utilisant un tel argument est totalement saugrenu. Contrairement à ce qu'insinue le maire, Trois-Rivières a connu des périodes d'essor économique important qui ne datent pas d'hier. La ville s'est démarquée entre autres par son potentiel énergétique et sa situation géographique dans les années 1800-1900, amenant des grandes industries à s'y installer, de sorte que sa population a quadruplé en peu de temps.  

Lorsque M. Lévesque affirme avoir plus que doublé la valeur du parc immobilier de Cap-de-la-Madeleine, la faisant passer de 1 à 2,5 milliards de dollars au cours des 16 dernières années, qu'il explique la baisse de sa valeur foncière de 100 millions de dollars de 1997 à 2002 par le fait que la population sortait du Cap et qu'il attribue la reprise du marché à la fusion, il fait abstraction de toutes les variables pouvant expliquer une variation de la valeur d'un parc immobilier, lesquelles n'ont rien à voir avec la qualité de gestion d'un maire. 

Quel pourcentage de l'augmentation est dû à l'inflation? Quand on sait combien valait une maison il y a à peine 100 ans, on se doute bien qu'il est tout à fait normal que les maisons d'aujourd'hui valent plus qu'à cette époque, et encore plus qu'il y a 360 ans. Qui plus est, plusieurs maisons de Cap-de-la-Madeleine ont été réévaluées à la hausse immédiatement après la fusion. Quel pourcentage est donc dû à cet ajustement post-fusion? Quant à la baisse connue autour de l'année 97, par quoi s'explique-t-elle? Selon une étude sur le marché immobilier des 30 dernières années publiée par la firme JLR en 2016, cette baisse fut généralisée à l'ensemble du Québec à partir du milieu des années 90. La Banque du Canada avait alors élevé son taux directeur, contribuant à rendre le contexte économique plus difficile et ralentir le marché immobilier de toute la province. La reprise du marché a eu lieu dans le début des années 2000 et s'attribue entre autres aux faibles taux d'intérêt des prêts hypothécaires.

Et la réalité, c'est qu'une maison dont la valeur augmente entraîne irrémédiablement une hausse de taxes impliquant des paiements plus élevés pour les années futures. Je doute que les gens qui ont vu leur compte de taxes augmenter considérablement - et qui plus est n'ont peut-être pas vu les services suivre cette hausse - soient heureux de la nouvelle. C'est peut-être une bonne nouvelle pour la Ville qui va chercher plus de revenus, mais encore faut-il que le citoyen ait aussi droit à plus. 

Donc finalement, quelle portion de l'augmentation de la valeur du parc immobilier est réellement due à des actions concrètes de développement économique? Malheureusement pour le maire, les variations du marché immobilier, incluant celles de Cap-de-la-Madeleine, font partie de phénomènes nationaux qui sont, pour certains, indépendants d'une administration municipale. Il ne peut donc pas s'en attribuer tous les mérites. Comme le dirait si bien M. Lévesque, il ne faut pas dire n'importe quoi...

Valérie Renaud-Martin

Candidate district des Carrefours

Trois-Rivières




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