L'étonnante affaire des étudiants de l'ABI!

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«Si les étudiants gagnent leur cause, est-ce que cela sera susceptible de freiner l'embauche éventuelle d'étudiants chez ABI et dans le monde du travail en général?»

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L'ABI est une entreprise qui offre d'excellentes conditions de travail allant jusqu'à 46 $ l'heure dans l'usine. En outre, une aluminerie fonctionne sur des horaires rotatifs jour, soir, nuit. Le travail dans une telle entreprise est organisé ou standardisé. La plupart des postes de travail «sur le plancher» sont incontournables. En clair, une aluminerie doit remplacer la majorité des absences de la main-d'oeuvre régulière notamment ses vacances. C'est là que les étudiants surgissent un peu partout dans l'usine spécialement pendant la saison estivale.

Mais une aluminerie peut présenter diverses situations dans l'organisation du travail des étudiants. Par exemple, il est possible que des ouvriers de maintenance soient totalement remplacés par des étudiants. S'il s'agit d'un technicien ou d'un emploi quasi professionnel, il peut se produire que l'employeur comble leurs vacances par des travailleurs réguliers, ces derniers étant à leur tour partiellement ou totalement remplacés par des étudiants. En clair, dans une entreprise comme ABI, qui possède une force active de plus de 1000 travailleurs, tous les cas d'espèce sont envisageables en ce qui concerne le travail des étudiants.

Jusqu'à nos jours, il était généralement admis que les étudiants ne travaillaient pas aux mêmes salaires que les salariés réguliers. Ceux-ci pouvaient gagner approximativement les trois quarts d'un salaire régulier. Sauf erreur, le salaire des étudiants embauchés par «ABI» oscillait autour de 30 $ l'heure; cela étant un excellent revenu pour un jeune citoyen qui retourne aux études en septembre.

Néanmoins, cette question d'écarts salariaux entre salariés qui sont susceptibles d'effectuer un travail équivalent a déjà fait l'objet d'une réflexion politique. Ainsi, il y a quelques décennies, le gouvernement du Québec modifiait la Loi sur les normes de travail, à son article 87, de telle sorte qu'un employeur ne puisse pas imposer «une condition de travail moins avantageuse uniquement en fonction d'une date d'embauche». Cette intervention législative visait à faire cesser des pratiques de rémunération discriminatoire pour les travailleurs nouvellement embauchés par rapport aux anciens. Cette intervention législative ne visait pas a priori les étudiants. Toutefois l'article 19 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, libellé ainsi, les concerne de plein droit: «Tout employeur doit, sans discrimination, accorder un traitement ou un salaire égal aux membres de son personnel qui accomplissent un travail équivalent au même endroit».

Le Tribunal administratif du travail a entendu la cause des étudiants de l'Aluminerie de Bécancour. Ces derniers ont fait valoir qu'ils accomplissaient un travail équivalent à celui des travailleurs réguliers. L'employeur a plaidé l'inverse. Le juge administratif saisi de l'affaire pourra soit rejeter le recours, soit le maintenir en tout ou en partie. Il s'agit d'une affaire dont la facture sera à l'évidence salée si la plainte est maintenue. Les remboursements salariaux pourront alors valoir plusieurs millions de dollars.

De tout cela, il faut retenir que la législation du travail a évolué. Les étudiants ont droit aux conséquences positives d'une telle évolution. Si les étudiants gagnent leur cause, est-ce que cela sera susceptible de freiner l'embauche éventuelle d'étudiants chez ABI et dans le monde du travail en général? Dans tous les cas, cette affaire singulière, si elle est gagnée par les étudiants, incitera les employeurs à réévaluer leurs pratiques rémunératrices et à repenser l'organisation du travail face à l'embauche d'une main-d'oeuvre estudiantine. Rappelons que les étudiants, quel que soit leur salaire, apportent généralement, parmi d'autres conséquences positives, un excellent potentiel de recrutement aux entreprises. Mais pour mériter un salaire inférieur à celui versé aux travailleurs réguliers de l'entreprise, les étudiants doivent effectuer un travail spécifique et moins important. A contrario, ils doivent recevoir le salaire régulièrement versé.

Jean-Claude Bernatchez, 

Professeur titulaire, Relations industrielles,

Université du Québec à Trois-Rivières




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