Vite, un président digne de ce nom pour le CRTC!

Avec le départ tout récent de Jean-Pierre Blais,... (La Presse canadienne)

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Avec le départ tout récent de Jean-Pierre Blais, qui ne sollicite pas de nouveau mandat, la présidence du CRTC est assurée de façon intérimaire par une fonctionnaire de carrière n'ayant pas de lien avec les télécommunications. Il n'y aura pas de nouvelle nomination avant quatre mois, ce qui est inacceptable selon l'auteur de ce texte.

La Presse canadienne

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Le Nouvelliste

L'auteur, Michel Morin, est journaliste indépendant et ancien commissaire du CRTC de 2007 à 2012.

On vient de l'annoncer: le CRTC sera donc sans président (ou présidente) permanent encore quatre mois; c'est une situation sans précédent et inacceptable.

Comment le gouvernement fédéral peut-il en être arrivé à reporter une décision aussi importante pour l'avenir même du système canadien de radiodiffusion?

Imagine-t-on un instant, la FCC américaine, la britannique OFCOM ou le CSA français, sans président permanent pour une durée de quatre mois? 

Au cours des dernières semaines les recours au cabinet fédéral se sont multipliés, tellement Jean-Pierre Blais aux yeux de plusieurs joueurs importants de l'industrie, n'avait pas la main en matière de radiodiffusion. 

L'ADISQ n'a pas mâché ses mots en sollicitant l'intervention du gouvernement Trudeau: «Depuis trois ans, le CRTC a rendu une série de décisions néfastes pour le vidéoclip québécois et francophone. D'abord, il a éliminé toutes les exigences réglementaires qui concernaient sa diffusion, et maintenant, il en abolit la première source de financement, sans prévoir de mécanismes de remplacement adéquat. C'est une catastrophe pour le milieu». 

Le langage de l'ADISQ illustre un ras-le-bol qui n'a jamais existé à l'égard du CRTC au cours des cinquante dernières années. Il vient miner la crédibilité même de l'organisme fédéral. 

Récemment, une PME québécoise, ADR TV, produisait également une requête adressée au Cabinet, accusant le CRTC d'avoir ignoré son application pour des alertes policières et civiles, qui coûterait une fraction d'un système qu'on veut implanter au coût de 25 M$.

Et que dire d'une requête que s'apprête à déposer en fin de juin, un front commun québécois, composé de SARTEC, de l'AQPM, l'ARRQ, de l'UDA, de AQTIS et de l'ADISQ, qui accuse le CRTC d'avoir manqué à ses obligations et de ne pas avoir tenu compte «des objectifs de la politique canadienne de radiodiffusion». Selon mes informations, les anglophones déposeront eux aussi une requête pour les mêmes raisons.

Une telle avalanche de recours auprès du cabinet fédéral est sans précédent dans les annales du CRTC. Les Québécois n'ont jamais été aussi envahis de séries américaines télévisées avec une aussi pauvre traduction. 

Le CRTC a été créé dans sa facture actuelle en 1968 par le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, peu après son arrivée au pouvoir. La mission de l'organisme semble avoir été oubliée au cours des cinq dernières années par l'administration du président sortant. 

Le bilan qu'il a livré au cours des derniers jours en est la preuve manifeste. 

Pourtant le CRTC, doit incarner une mission fondamentale et combien stimulante. En matière de radiodiffusion, les Canadiens doivent avoir accès à un «contenu créatif attrayant et diversifié sur une variété de plateformes» et leur contenu doit refléter «la diversité culturelle du Canada et permettre à la population de participer à la vie démocratique et culturelle du pays».

Cela n'est pas toujours facile. En 2012, alors que j'étais commissaire au CRTC, j'ai voté avec réticence l'abolition d'un Fonds unique de 100 M$ en faveur des stations de télévision locales.

Le Conseil d'alors refusait de forcer les télés locales avec cet argent à offrir un contenu vraiment régional et quantifiable au-dessus de tout soupçon, et non des nouvelles de toutes provenances et de tout horizon comme une expédition d'une télévision locale sur le mont Kilimandjaro financé par les contribuables! On est régulateur ou on ne l'est pas et l'argent des contribuables n'a pas à être dépensé à tout vent. 

Jean-Pierre Blais n'a jamais repris la balle au bond et de façon déterminante en faveur de l'information locale alors que sa dégradation est systématiquement décriée dans tous les sondages. 

Plus généralement, l'Ontarien Peter Miller a estimé pour le compte des Amis de la radiodiffusion, que l'impact des décisions du CRTC pourrait faire reculer les dépenses de programmation en 2020 de 3,7 G$. Ça c'est une vraie affaire! 

Les Canadiens ont droit à un nouveau président du CRTC qui soit à pied d'oeuvre dès maintenant, pas dans quatre mois. Les enjeux sont trop grands pour attendre la nomination d'un autre fonctionnaire si l'on en croit la rumeur. Ce nouveau président devra être en mesure par son expérience sur le terrain d'incarner pleinement la mission du CRTC. 

Les Canadiens n'ont pas à subir les dérives d'un président issu de la bureaucratie fédérale, qui comme Jean-Pierre Blais, évoquerait la possibilité de mettre fin aux quotas de musique francophone dans les stations de radio sous le prétexte que cela pourrait miner la raison d'être des stations parlées de la région de Québec! 

Plus que jamais en respectant le principe de l'alternance, notre système de radiodiffusion a besoin d'un Pierre Juneau anglophone qui ait de l'âme et du coeur et qui soit capable d'imagination, avec un seul objectif: renforcer le contenu canadien de notre système de radiodiffusion.




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