En attendant qu'on mette nos culottes

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Le Nouvelliste

Il fallait entendre Me Charles Côté à l'émission Tout le monde en parle, au mois d'avril dernier, instruire les téléspectateurs sur les dangers de se soustraire à l'arrêt Jordan en recourant à la clause dérogatoire.

Au terme de l'entrevue, Me Côté, singulièrement impatient et sûr de lui, y allait d'une sentence qui résume à merveille l'utopie politique de beaucoup d'artisans du système judiciaire: «Il n'y a rien de plus important que nos droits constitutionnels!» 

Dans la pratique, l'arrêt Jordan est un coup de pied dans la fourmilière. Entre le gouvernement Trudeau qui tarde à nommer des juges supplémentaires à la Cour supérieure, la ministre Vallée qui a longtemps eu d'autres chats à fouetter et les juges, les procureurs et les avocats de la défense eux-mêmes qui doivent convenir d'un agenda, la situation devenait déraisonnable.

Évidemment, ce coup de pied a eu pour conséquence de libérer certains individus sans égard à ce qui les accuse. Comme le rappelait le juge Boucher au sujet de Sivaloganathan Thanabalasingam, «il doit être rappelé que l'accusé est présumé innocent du crime dont il a été accusé».

Et comment pourrait-on effectivement priver un innocent de ses droits constitutionnels? Selon ce qu'en rapportent les médias, il est certes difficile de se représenter M. Thanabalasingam comme un innocent, mais il n'appartient pas au public de juger, tout individu ayant droit à un procès équitable. 

Le 16 juin dernier, en entrevue à la radio, Me Vincent Montminy faisait tout de même écho au sentiment populaire: «On voit les cas graves, je ne crois pas que les cas plus légers ou «moins graves» soient autant médiatisés, mais je suis d'accord que, en tant que citoyen - je m'exprime seulement en tant que citoyen -, penser qu'un meurtrier «allégué» - parce qu'on n'a jamais fait son procès on ne sait pas s'il a effectivement tué la personne - se retrouve en liberté [est inquiétant].

Maintenant je vais prendre le chapeau de criminaliste: oui mais, à quelque part, que la justice s'organise! Si on ne veut pas «échapper» des gens qui potentiellement ont commis des infractions graves, qu'on mette nos culottes, qu'on nomme plus de juges, mais surtout qu'on ouvre plus de salles!»

Que ceux qui ont pour priorité qu'on ne relâche pas des meurtriers allégués pour des questions de délai se le tiennent pour dit: ils ne disposent tout simplement pas du bon chapeau! 

Simon Couillard

Doctorant en études québécoises Université du Québec à Trois-Rivières




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