Léa et les tam-tams

Des psychiatres signent cette lettre qui réclame que... (La Presse photo Robert Skinner)

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Des psychiatres signent cette lettre qui réclame que l'âge minimum pour la consommation de cannabis soit fixé à 21 ans. Ils racontent ici l'histoire de Léa, pour qui le fait d'avoir fumé un joint apparemment inoffensif lors d'un rassemblement de tam-tams a mal tourné.

La Presse photo Robert Skinner

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Le Nouvelliste

Cette lettre est signée par des médecins psychiatres de la Mauricie et du Centre-du-Québec, de même que par la présidente de l'Association des médecins psychiatres du Québec, la présidente de l'Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques (AQPPEP) et le vice-président de l'AQPPEP.

Dans le contexte du projet de légalisation du cannabis, des experts ont expliqué scientifiquement comment cette drogue pouvait être nuisible pour le cerveau. Au-delà de la science, il y a de vraies personnes et leurs familles. Voici l'histoire de Léa.

Léa, 19 ans, vient de terminer son CÉGEP en sciences pures et appliquées. Elle commence l'université en architecture à l'automne. Avec son copain Simon, elle projette de faire le tour de l'Espagne avec sac à dos au mois d'août. Ses parents sont fiers d'elle. La vie va bien.

Au début de mai, Léa et Simon se sont retrouvés dans un parc à écouter les tam-tams. Pour célébrer l'arrivée de l'été, ils ont acheté un gramme de pot et ont fumé quelques joints. Simon a eu un bon buzz: le soleil caressait sa peau, le son des tam-tams le faisait vibrer.

Pour Léa, les choses ont mal tourné. Elle s'est tout à coup sentie épiée. Inconfortable, elle s'éloigne pour chasser son malaise.

À travers les percussions, elle s'est mise à entendre des voix: «Je vais te tuer». Le rythme des tambours devient l'écho de son coeur qui bat, comme pour la narguer, pour lui dire «on t'a, tu ne peux pas t'échapper».

Elle court retrouver Simon, mais il n'est plus là. Elle s'imagine maintenant qu'il a été enlevé. Affolée, elle fuit. Une policière l'intercepte alors qu'elle tente de traverser un boulevard en courant dans le trafic. Heureusement, personne n'est blessé.

Amenée à l'urgence psychiatrique, ses trois premiers jours se vivent dans la terreur, sans que personne, ni ses parents, ni son copain, ni le personnel hospitalier ne puisse la rassurer. Simon se sent coupable. Ses parents sont morts d'inquiétude.

À sa sortie de trois semaines d'hospitalisation, Léa comprend qu'elle a fait une psychose déclenchée par le cannabis. Son cerveau est englué, la concentration est difficile, la mémoire aussi. Elle ne sait pas comment elle pourra reprendre ses études. Elle a peur de s'éloigner de sa famille craignant que la psychose revienne. Elle annule son voyage en Europe. La vie de Léa a été totalement bouleversée par quelques petits joints de rien du tout.

Ça vous semble exagéré. Ce ne l'est pas. L'histoire de Léa, c'est aussi celle de David, de Catherine, de Thomas et de Mégan. Une psychose, ça peut détruire des vies et impossible de savoir à l'avance qui en sera victime. 

Bien sûr, plusieurs personnes consomment du cannabis sans être affectées, mais on ne peut prédire chez qui la consommation déclenchera une psychose. C'est une roulette russe.

Nous sommes des médecins psychiatres qui voyons, tous les jours dans nos cliniques, de jeunes adultes dont la vie a basculé par la prise de cannabis. Souvent, ça se produit après une utilisation de plusieurs mois, mais parfois, quelques consommations viennent tout changer. Nous avons vu la maladie mentale s'installer dans la vie de jeunes pourtant promis à un bel avenir. Ils ne sont pas des statistiques, ils ont des noms.

Lorsque nous demandons au gouvernement de fixer l'âge légal à 21 ans, c'est à eux que nous pensons. Ces jeunes que l'on soigne pourraient aussi être les vôtres dès 2018. À tous ceux qui croient que le cannabis, c'est banal, que le Canada deviendra «cool» en le légalisant dès 18 ans, peut-on se rappeler que nous avons aussi une obligation de leur donner les moyens de se protéger et de les informer des risques.

Dre Marie-Frédérique Allard, médecin psychiatre, Centre régional de santé mentale, Shawinigan

Dre Ngoc Bich Hoang, médecin psychiatre, Hôtel-Dieu d'Arthabaska, Victoriaville

Dr Guillaume Fréchette, médecin psychiatre, Hôtel-Dieu d'Arthabaska, Victoriaville

Dr Luc Gilbert, médecin psychiatre, Hôpital Sainte-Croix, Drummondville

Dr Pierre Lapointe, médecin psychiatre, Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, Shawinigan-Sud

Dre Marie-Claude Parent, médecin psychiatre, Hôpital Ste-Croix, Drummondville

Dre Amal Abdel-Baki, médecin psychiatre, présidente de l'AQPPEP

Dre Karine Igartua, médecin psychiatre, présidente de l'Association des médecins psychiatres du Québec

Dr David Olivier, médecin psychiatre, Centre régional de santé mentale, Shawinigan, vice-président de l'AQPPEP




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