Le prêt-à-cuisiner, pour ou contre?

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Les concepts de repas prêts à cuisiner, comme ceux offerts par le Marché GoodFood, gagnent en popularité.

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Le Nouvelliste

L'auteur, Sylvain Charlebois, est doyen de la Faculté en Management et professeur en Distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie.

Les repas préportionnés livrés à domicile ont la vogue un peu partout au Canada. Plusieurs s'entendent à dire que le prêt-à-cuisiner représente une alternative santé au prêt-à-manger car il permet de cuisiner des aliments frais et de doser les saveurs, selon nos goûts. Cette formule permet aux urbains de gagner du temps et manger mieux. Il y a même des entreprises qui s'inscrivent en bourse au Canada et aux États-Unis. 

Clairement, une mouvance se dessine pour ce genre d'entreprises, mais plusieurs se demandent si tout cela va durer. 

Depuis trois ans environ, nous voyons une panoplie de nouvelles entreprises canadiennes dans le domaine: Cook It, Kuisto, Munchies, Marché Goodfood et Missfresh, tandis que Blue Apron, DoorDash et Postmates réussissent bien chez nos voisins du sud. Même l'éminente Martha Stewart a démarré une ligne de repas livrés par Amazon Fresh, une autre entreprise qui tente de se tailler une place dans le domaine de la distribution alimentaire. La diva Martha vous garantit un repas prêt à cuisiner en quelques heures. Dans la plupart des cas, une fois la commande effectuée, vous recevez une boîte d'ingrédients prémesurés vous permettant de préparer votre mets en ayant l'air d'un chef professionnel, ou presque. Grâce à ce service, vous épargnez du temps à faire l'épicerie, à couper et mesurer vos ingrédients. Le prix varie souvent entre 7 $ et 10 $ la portion. 

Avantages

Selon une firme de marketing américaine, 71 % des personnes qui utilisent ces services ont entre 25 et 44 ans, les disciples de l'économie du «maintenant». Certes, cette formule plaît à un certain groupe de consommateurs. La grande majorité étant constituée de professionnels qui peinent à trouver du temps pour magasiner et cuisiner.  

Effectivement, ces repas imposent une certaine discipline à l'égard des repas à la maison. Une fois la commande effectuée, il devient difficile pour quiconque de changer de plan et d'aller manger au resto. Ces repas forcent en quelque sorte les gens à passer plus de temps à la maison. Grâce à cette discipline et du fait que tout est mesuré à l'avance, on crée une réduction significative du gaspillage alimentaire. Selon certaines estimations, les ménages qui utilisent les services de mets prêts à cuisiner peuvent réduire leur gaspillage de 62 %, une diminution non négligeable.  

Pas un modèle parfait

Cependant, ce genre de service rencontre aussi ses problèmes. Plusieurs témoignages évoquent des vols de boîtes à domicile, créant ainsi des situations embarrassantes pour les clients et les entreprises. Pas très amusant de voir ses soupers de la semaine se faire dérober par des voyous, mais cela arrive fréquemment. De plus, 70 % des consommateurs qui effectuent une première commande n'en passent pas une seconde, et ce, surtout en raison de l'emballage supplémentaire requis pour conserver la fraîcheur de la nourriture qui crée un malaise auprès des milléniaux tout principalement.  

Le marché des mets prêts à cuisiner ne reluit pas autant qu'on pourrait le croire. La concurrence est féroce et malgré le fait que l'industrie connaisse ses premiers balbutiements, il y a déjà certains nuages qui pointent à l'horizon. Plusieurs entreprises ayant eu accès à une capitalisation boursière ces dernières années ont maintenant fermé leurs portes. Sprig, Maple et SpoonRocket illustrent bien ce phénomène. Et selon certaines sources, d'autres entreprises comme Munchery pourraient suivre. Les résultats financiers de Blue Apron, la plus grande d'entre toutes en matière de vente avec ses 800 millions de dollars, indiquent qu'elle n'a jamais fait d'argent. Blue Apron qui aspire à devenir une entreprise publique dans les prochains mois dépense plus de 140 millions de dollars en promotion afin d'attirer une certaine clientèle. Proportionnellement, Blue Apron dépense plus en promotion que Coke ou PepsiCo, même si le marché n'a même pas atteint sa maturité. 

Là pour rester, mais...

Ces chiffres nous portent à croire que le marché n'offre pas de cadeau aux entreprises qui démarrent dans le secteur. Mais compte tenu des ventes, le marché des mets prêts à cuisiner est là pour rester, cependant le modèle d'affaires qui réussira reste encore à définir. 

Le prêt-à-cuisiner signifie peut-être une occasion pour nos distributeurs alimentaires. Pour Provigo-Loblaw, IGA-Sobeys et Métro, l'art du service alimentaire a toujours été mal maîtrisé. Mais avec ce qui se passe sur le marché, le temps devient sûrement opportun pour développer une stratégie afin de conquérir ce segment qui ne cesse d'augmenter.




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