Alexandre, tu nous manques terriblement

Pierre-Yves Bourque livre un touchant témoignage sur la... (Nancy Massicotte, Le Nouvelliste)

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Pierre-Yves Bourque livre un touchant témoignage sur la façon dont lui et sa famille ont vécu la perte de son frère Alexandre, après un accident de bateau survenu en 2012. Sylvain Girard, qui avait été reconnu coupable de négligence criminelle et de conduite dangereuse ayant causé la mort d'Alexandre Bourque, a été condamné à 32 mois d'emprisonnement.

Nancy Massicotte, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

L'auteur, Pierre-Yves Bourque, est le frère d'Alexandre Bourque, qui est décédé dans un accident de bateau survenu en août 2012. 

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Alexandre Bourque

Le 24 avril dernier, les mots me manquaient. Je devais parler lors de l'étape de la comparution sur sentence mais j'en ai été incapable. Peur de décevoir, peur d'éclater en sanglots devant tout le monde. J'ai préféré me taire. Mais intérieurement, j'aurais tellement souhaité m'exprimer à ce moment. C'est probablement pourquoi je le fais ici aujourd'hui.

Chaque jour, nous sommes inondés de faits divers. Meurtres, accidents mortels et j'en passe. On en prend connaissance durant la pause-café au travail et puis hop, on passe à autre chose.

Le 4 août 2012, moi et ma famille sommes devenus un fait divers. Une nouvelle qui dure une journée, un feu de paille dans le tourbillon d'actualité quotidienne.

Je n'oublierai jamais la journée du 4 août 2012 où j'étais en train de célébrer tout bonnement autour d'une piscine avec des amis lorsque j'ai reçu l'appel fatidique de mon père. Mon frère était porté disparu à la suite d'un accident de bateau.

Mon monde s'écroulait en l'espace de quelques secondes. Je ne voyais plus clair. Je n'existais plus. La réalité était devenue complètement déformée. La chose exacte que tu ne veux jamais qui se produise dans ta vie était en train de m'arriver.

S'enchaînèrent les journées à attendre avec mon père sur le bord de la rivière Saint-Maurice qu'on retrouve le corps de mon frère. Une attente interminable qui dura trois jours. À observer mon père inconsolable. À tenter de prendre soin de ma mère bien-aimée qui vivait la pire tragédie de sa vie.

J'avais l'impression de ne pouvoir vivre cette peine car je devais demeurer fort afin de soutenir mes parents. Mais intérieurement, je m'écroulais sous le poids du chagrin. Mon monde tombait en morceaux.

Depuis ce temps, cinq années ont passé, beaucoup d'eau a coulé, le cours des choses a repris mais... pas complètement. 

Ma carrière a pris son envol. Mes parents sont à la retraite. Mais il manque toujours une pièce maîtresse qu'on ne retrouvera jamais.

Avant 2012, une de mes grandes sources de bonheur était de voir mes parents fiers de leurs deux fils. Ma mère avait acheté une plus grande table afin que moi et mon frère venions manger à la maison avec nos copines.

Mes parents étaient épanouis et c'était beau à voir.

Et tout ça a éclaté le 4 août 2012.

Depuis cette date, je vois évoluer mes parents. Ils vont de mieux en mieux. Mais c'est un long processus. Qui ne sera fort probablement jamais terminé. Ils tentent de retrouver malgré tout un certain bonheur. Mais la joie de vivre au quotidien, elle n'y est plus car ce qu'il y avait de plus précieux pour eux leur a été arraché.

En tant que fils, voir ses parents malheureux est possiblement l'une des pires sources de tristesse. Je donnerais tout ce que je peux, et ce que j'ai pour rétablir le bonheur d'avant 2012.

Pour un fils, voir sa mère en larmes est d'une tristesse inouïe. 

De mon côté, eh bien la vie continue. Mais je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'un jour, je serai orphelin, que je n'aurai plus de frère avec qui je pourrai vieillir. Je me réveille parfois en sursaut en ressassant cette pensée. Son décès a laissé un vide incommensurable. 

Mais n'allez pas croire que la vie est noire. Nous passons de très beaux moments en famille. Moi et mes parents, nous nous sommes extraordinairement rapprochés durant les cinq dernières années. Nous n'avons pas le choix, il faut se tenir.

Depuis, je me plais à imaginer ce qu'Alexandre serait devenu aujourd'hui. Aurait-il des enfants? Aurions-nous fait un marathon ensemble? Ou la Classique de canots de la Mauricie? Mais Alexandre est désormais une étoile dans le firmament qui nous regarde et veille sur sa mère, son père et son frère. Une étoile aussi scintillante que sa magnifique personnalité pouvait l'être. Alexandre, tu nous manques terriblement.

Voilà, le fait divers qui est apparu dans les nouvelles le 4 août 2012 était en fait, pour moi et mes parents, une tragédie gigantesque qui a encore des répercussions quotidiennes (qui seront toujours présentes d'ailleurs). La nouvelle éphémère n'était en fait que la pointe d'un immense iceberg. 

Pensez-y la prochaine fois que vous lirez les nouvelles durant votre pause-café.




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