Les tares du système de santé

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Le Nouvelliste

Je suis infirmière en hébergement depuis sept ans. Je suis revenue récemment d'un congé de maternité et, malheureusement, j'ai déjà envie de quitter. Pourquoi? Parce que la discussion est unidirectionnelle, pas parce que je n'aime pas ma profession, ma vocation. Vous pensez que le personnel de la santé était à bout il y a deux ou trois ans, eh bien c'est pire maintenant.

Le ministère de la Santé a des demandes utopiques concernant les soins que le personnel de la santé est en mesure de donner. On me demande de refaire entièrement les routines de vie des résidents dont j'ai soin parce qu'il faut que mes préposés aux bénéficiaires changent leurs heures de repas. C'est comme changer l'horaire d'une machine sur une chaîne de montage sans changer l'horaire des autres!

C'est une fin de non-recevoir de la part de nos gestionnaires: les changements qu'ils nous demandent sont obligatoires. Ces changements ajoutent une charge de travail sur nos épaules de chefs d'équipe et d'assistante. Ces changements diminuent, par la bande, la qualité des soins que nous pouvons offrir à nos clients, vos parents, soeurs, tantes... Ces changements tuent la flamme de la profession, tant pour les infirmières que pour les préposés aux bénéficiaires et tant d'autres professionnels de la santé.

Et nos patrons, malgré tous les efforts qu'ils font pour nous aider, n'écoutent pas. Ils entendent, mais n'écoutent pas. Ils ne voient pas non plus à quel point leurs équipes sont à bout de souffle. Ils ne voient pas les conséquences de leurs actes. Leurs actes qui scient les efforts du personnel pour tenir à bout de bras un système de santé déficient.

On me demande de prendre soin de 80 à 160 résidents à tous les soirs, tout en me demandant de gérer des équipes de travail au bout du rouleau, de mettre à jour les plans de travail, de faire partie de comités, de faire du temps supplémentaire...

Et parlons-en du temps supplémentaire! À titre d'infirmière, je pourrais travailler au-delà de 60 heures par semaine si je le souhaitais. Et c'est sans parler du temps supplémentaire obligatoire, cette fameuse épée de Damoclès qui pend au-dessus de ma tête à tous les soirs où je travaille. Mais là n'est pas la question, simplement une conséquence. Et c'est sans parler de la non-reconnaissance de nos efforts.  

Tout ça pour dire que nous, et je crois parler au nom de beaucoup de personnes, sommes à bout de souffle, épuisés, éteints. Nous sommes tannés de tenter de maintenir la qualité de vie, la qualité des soins et la dignité de nos bénéficiaires, nos clients, à bout de bras et sans aide. Nous demandons un changement, mais pour le mieux, pas pour le pire.  

J'ai embrassé le système de santé pour le meilleur et pour le pire, mais pas à tout prix. Les solutions, car solutions il y a, sont connues. Demandez à la prochaine infirmière que vous croisez comment elle pense que ça pourrait aller mieux, comment diminuer les coûts que les changements créent ou comment il pourrait y avoir moins de temps supplémentaire (obligatoire). Demandez-nous notre avis pour voir...

Audrey-Anne Thibault

Notre-Dame-du-Mont-Carmel




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