À chacun sa pyramide

Le colisée sera construit au District 55.... (Sylvain Mayer)

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Le colisée sera construit au District 55.

Sylvain Mayer

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Le Nouvelliste

On s'entend là... On parle de surfaces de glace, d'arénas, de stades, de colisées, d'amphithéâtres dont la construction est financée par des fonds publics, peu ou prou, ce qui nous justifie d'en penser ce que l'on veut, même si ces installations majeures sont très prisées par nos élus.

Selon l'usage populaire, le mot «aréna» est de genre féminin. On dira: une «saprée belle aréna». Le terme «Colisée» est quant à lui forcément masculin: ça fait vraiment «big». On entend «le gros, le gigantesque Colisée».

Depuis 1945, on ne manque pas de maires pharaons désireux de favoriser ou de se faire ériger une pyramide sportive et culturelle. 

Le Centre Bell autrefois Centre Molson, plane dans les 21 000 sièges et 135 suites de luxe. Il s'en est bu de la bière dans les familles québécoises pour en arriver là! 

À l'est, on est passé du Colisée Pepsi au Centre Videotron avec 18 000 places assises. La palme en revient à Bonaparte Labeaume qui ne manque pas une occasion de s'en péter les bretelles. Une bagatelle de 370 millions $. 

Pas question de rester sur le banc à Trois-Rivières! On est ici du genre modeste avec cet amphithéâtre Cogeco: 9000 places assises et debout, pour la somme de 50 millions $, 

même avec cette idée saugrenue comme chef d'oeuvre de design débridé, un abri sur des pattes de poule érigé près du fleuve. C'est le triomphe de l'ingénierie fonctionnelle sur l'architecture.

On remet ça dans la cité de Laviolette: au menu, un colisée de 5000 places au District 55. Ça ressemble à l'ancienne Rome, mais il y a tout de même plus d'un millier de citoyens qui ne veulent pas suivre la parade. «Panis et circenses», du pain et des jeux. César l'avait compris. Les trompettes sonnent! Hélas! de nos jours tout comme autrefois, le pain vient à manquer. 

Les colisées dorés grattent le ciel à côté des tablées populaires qui se multiplient, les infrastructures des villes tombent en ruines, les budgets pour les mettre à flots passent dans l'artificiel et la boursouflure. Nos écoles sentent le moisi et brillent plus par leur taux d'amiante que par le taux de réussite des élèves. 

Un choix de société concerne aussi les municipalités. Les «chers contribuables» qu'on fait suer, rongés à l'os par les taxes, ne peuvent plus payer pour les lubies de leurs «illuminati». L'ardeur de nos maires vaut bien celle de Toutânkhamon. Shawinigan s'est payé aussi un grand truc du genre, d'environ 4000 sièges avec plus de réserve cependant côté triomphalisme, dont on dit que les «particularités techniques en font un édifice unique au monde». Les Cataractes y sont les résidents bien-aimés. À 20 minutes d'un petit trip d'autobus, a-t-on vraiment besoin d'un stade à chaque coin de rue?

Côté rentabilité? Un économiste renommé Germain Belzile, maître d'enseignement en économie appliquée à l'école des HEC, s'intéresse à la cohabitation des sports et spectacles: «Au final, ça rentabilise surtout les équipes sportives, pas les villes. Ce n'est pas rentable, même si on se base sur les prétendues retombées économiques. Elles servent surtout à justifier des dépenses très difficiles à vendre autrement. C'est très rentable pour un politicien d'annoncer une construction», pense Germain Belzile.

Portons nos regards au sud. Gageons que le maire recèle dans ses cartons un projet de «super grosse aréna» pour Bécancour, à la hauteur des gigantesques visées industrielles qu'il concocte pour sa région. Laissons-lui le temps de se faire les dents dans ce cercle pharaonique. À la fin du concours, le maire gagnant trouvera bien le moyen de se faire ériger aux frais des contribuables une belle grande statue avec le bras en l'air. Il aura pris soin de faire inscrire sur le socle avec l'or de nos taxes: «La mienne est plus grosse». Il restera aux contribuables à payer ou à en rire pour l'éternité.

Claude Parenteau

Shawinigan




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