Un potager de façade? Pourquoi pas!

L'auteur de ce texte a transformé le parterre... (Courtoisie les Incroyables comestibles)

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L'auteur de ce texte a transformé le parterre devant sa résidence en potager urbain libre-service.

Courtoisie les Incroyables comestibles

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Le Nouvelliste

Mon quartier se compose essentiellement de jeunes familles. C'est beau à voir tellement c'est vivant. De grands terrains, en avant comme en arrière, avec des piscines, des trampolines et... des pelouses impeccables et identiques.

Mes faibles aptitudes en entretien de pelouse (pissenlits à l'appui) m'ont fait réaliser qu'une vie sans gazon me conviendrait définitivement mieux. En voyant les enfants s'amuser dans la rue, j'ai eu l'idée de faire pousser des citrouilles qu'ils pourraient cueillir eux-mêmes à l'automne. 

J'ai donc transformé ma pelouse en potager de façade «Servez-vous», à l'image des Incroyables comestibles. Ce mouvement citoyen, répandu partout dans le monde et qui vise à occuper un maximum d'espace pour cultiver notre propre nourriture, m'inspirait par ses actions bénévoles au centre-ville de Trois-Rivières et ailleurs en ville, devant des organismes et des maisons.

Puisqu'un potager de façade reste insolite, j'ai craint un instant d'ébranler l'uniformité du paysage. Toutefois, ma pelouse ornée de pissenlits m'a convaincu qu'un potager bien entretenu valait beaucoup mieux, surtout avec un partage des récoltes.

Au départ, j'ai senti un malaise. Mon projet faisait partie des conversations de soirée. Je me suis également aperçu que la notion de propriété est forte: malgré une affiche de bienvenue qui invite à l'autocueillette, on hésite à mettre les pieds chez l'autre.

Heureusement, tout ça a changé peu à peu. Un jour, une bande de fillettes s'est arrêtée pour me poser des questions. Je leur ai fait visiter le jardin, en leur expliquant ce qui s'y trouvait et en les encourageant à cueillir des petits fruits, légumes ou fines herbes mûrs. Elles sont parties en disant qu'elles se sentaient comme à l'Halloween. Quel doux remerciement à mes oreilles! Elles sont revenues presque tous les jours par la suite, parfois une liste d'épicerie de leurs parents à la main.

Plus l'été avançait, plus l'affluence a augmenté. L'enthousiasme a remplacé la méfiance. Impossible pour moi désormais de travailler au jardin sans me faire poser des questions ou recevoir des compliments.

J'ai reçu la visite des réguliers: ma voisine qui finissait sa course matinale en cueillant des cerises de terre, ou ce voisin qui cueillait chaque soir une tomate cerise pour son fils impatient de la déguster. En octobre, les citrouilles ont disparu en moins de deux.

Inutile de préciser que mon expérience s'est avérée extraordinaire. Je rêve du jour où les potagers de façade à partager deviendront la norme, car un tel projet peut unir un quartier, en plus d'égayer les esprits et d'amorcer de nombreuses conversations qui brisent l'individualisme. 

Avec l'été qui s'annonce, j'ai hâte de retrouver les joyeuses petites voix dans le potager. Cette expérience enrichissante m'a appris qu'il faut oser, et que des initiatives personnelles comme la mienne peuvent créer une différence concrète et réelle dans son quartier. N'hésitons plus, disons adieu à la pelouse et cultivons partout pour partager l'abondance.

Benoît Brisson

Fier membre des Incroyables comestibles

Trois-Rivières




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