M. le maire, ne nous prenez pas pour des nuls!

Pour l'auteure de cette lettre, le maire de... (Stéphane Lessard)

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Pour l'auteure de cette lettre, le maire de Trois-Rivières essaie de dissimuler le fait que les contribuables trifluviens sont parmi les plus taxés au Québec.

Stéphane Lessard

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Le Nouvelliste

La semaine dernière, je suis tombée sur une entrevue donnée par le maire de Trois-Rivières dans laquelle il réfute l'un des arguments d'une dame qui affirme que «Trois-Rivières est l'une des villes les plus taxées au Canada».

Niant ce fait, le maire va même jusqu'à dire que parmi les grandes villes, nous sommes au contraire l'une des plus basses au niveau taxation. Il appuie ses dires en comparant la valeur des maisons des grandes villes du Québec, donnant pour exemple qu'une maison qui vaut 175 000 $ ici en vaudra 300 000 $ à Laval. 

Attendez un peu là. Est-ce donc que le maire ne distingue pas la différence entre valeur foncière et taxe foncière? Je ne crois pas. Si c'était le cas, nous aurions un sérieux problème. Je pense plutôt qu'encore une fois, le maire essaie de nous convaincre à grand coup de désinformation que sa ville est la meilleure et qu'il n'y a pas lieu de se questionner. 

D'abord, il y a une différence entre taxe et évaluation foncière. La première est un impôt local payé annuellement à la ville par le propriétaire d'un bien immobilier et qui est calculé en fonction d'un taux appliqué à chaque tranche de 100 $ de la valeur de la propriété. 

Le taux est établi par le conseil de ville et sert à couvrir les dépenses liées aux services municipaux et à la dette. Plus de dépenses engendrent donc un plus grand besoin de revenus pour une ville, de là les augmentations de taxes auxquelles les propriétaires doivent souvent faire face.

La seconde, l'évaluation, consiste en la valeur réelle d'une propriété, c'est-à-dire le prix le plus probable qui peut être payé lors de sa vente sur un territoire donné, en fonction du marché. Ce montant sert de base pour calculer la taxe à payer par un propriétaire. Donc, quand on parle du coût d'une maison, on parle de valeur foncière et non de taxe. 

Si je reviens au maire et à son argumentaire, vous comprendrez que ce qu'il dit ne tient pas la route. Lorsqu'il fait référence au fait qu'une maison coûte moins cher ici, ce n'est pas parce que nous sommes les moins taxés, mais plutôt parce que nos évaluations foncières sont plus faibles.

Nous pourrions donc penser qu'il a raison, puisque par logique, si l'évaluation sert de base au calcul du montant à payer pour une taxe, le montant devrait être plus bas ici que pour une maison qui en vaut le double ailleurs. Malheureusement, si l'on compare les taux de taxe des grandes et moins grandes villes du Québec, celui de Trois-Rivières est l'un des plus élevés. Vous pourriez donc être surpris si vous faites vos calculs. 

En 2017, avec un taux fixé à 1,2238 par tranche de 100 $ d'évaluation, le propriétaire d'une maison à Trois-Rivières valant 175 000 $ paiera 2141,65 $ pour sa taxe générale. Le propriétaire de la même maison qui vaut 300 000 $ à Laval, où le taux est établi à seulement 0,7384 par 100 $ d'évaluation, paiera, quant à lui, 2215,20 $.

Ce n'est même pas 100 $ de plus pour une maison qui vaut presque le double! Parce que je suis curieuse, j'ai fait le calcul pour une maison de 300 000 $ à Trois-Rivières. Combien le propriétaire paiera-t-il de taxe générale? La réponse: 3671,40 $. 

Certains se demanderont peut-être si le fait qu'il y ait beaucoup de gens à Laval et à Montréal explique que le taux soit plus faible dans ces villes, la répartition des dépenses se faisant entre plus de gens. Plus on est pour payer des dépenses, moins ça coûte cher. 

De un, si c'est le cas, c'est donc que nos dépenses sont trop élevées. Peut-être qu'il faut justement réviser notre façon de faire à Trois-Rivières et penser les projets en fonction de notre population. Parce qu'on a beau avoir les plus gros projets du Québec, s'ils coûtent trop cher et que chaque citoyen doit en absorber les coûts aux dépens de sa santé financière, notre économie continuera d'en souffrir. Moins on laisse d'argent dans les poches des propriétaires, moins ils peuvent contribuer à l'économie de leur ville. 

De deux, je peux vous nommer des villes qui ont une population similaire ou plus petite à la nôtre et qui réussissent à avoir un taux de taxe générale plus bas que le nôtre: Terrebonne, Lévis, Drummondville, sont des exemples de villes qui réussissent à fixer des taux de taxe entre 0,51 $ et 0,81 $, et qui demeurent des villes dynamiques, attirantes, où il fait bon vivre. 

Donc pour répondre au maire de Trois-Rivières, qui dit que la seule question qu'il faille se poser est si on prend plus d'argent dans les poches des citoyens, la réponse est oui, définitivement. 

Valérie Renaud-Martin

Trois-Rivières




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