Ne devrait-on pas cesser de financer l'école privée?

On veut bien que l'école privée se pète les bretelles de compter, dans nos... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

On veut bien que l'école privée se pète les bretelles de compter, dans nos sociétés, sur ses nombreux anciens étudiants qui, aujourd'hui, font leur marque. On nous le rappelle souvent dans diverses publicités.

Mais ne sommes-nous pas passablement embarrassés de savoir que l'école privée bénéficie de deniers publics astronomiques comme c'est le cas présentement? Alors que de 60 % à 75 % du financement des écoles privées est public, comme l'indique le rapport Champoux-Lesage qui date de 2014? Et de voir l'école privée trouver de plus en plus de clients au détriment de l'école publique?

En tout cas, cette interrogation m'est revenue avec plus d'acuité dernièrement à la lecture d'un long réquisitoire signé par Marco Micone au sujet, notamment, du contexte scolaire dans lequel se retrouvent les nouveaux arrivants.

L'écrivain d'origine italienne déclarait ceci entre autres dans La colère d'un immigrant: «la très grande majorité des jeunes allophones fréquentent les écoles françaises, souvent sans côtoyer un seul francophone de vieil établissement. Et quand ils se côtoient, ils le font entre pauvres, car la classe moyenne francophone envoie ses héritiers à l'école privée».

Songeons en fin de compte qu'en subventionnant grassement l'école privée, nous fabriquons de façon solide un système à deux vitesses qui contribue très certainement à la production d'inégalités; qui contribue à la reproduction de classes sociales.

Ceci n'est vraiment pas à notre honneur...

Sachons, du reste, que le Conseil supérieur de l'éducation a émis un rapport en octobre dernier dont le titre dit tout: La concurrence en éducation conduit à l'iniquité.

En fait, le Conseil supérieur de l'éducation (qui, soit dit en passant, compte sur le Trifluvien Claude Lessard à titre de président du Comité du Rapport sur l'état et les besoins de l'éducation) estime que la croissance actuelle du réseau des écoles privées, additionnée à l'augmentation des projets particuliers et au nombre accru d'élèves en difficulté dans les classes ordinaires, contribue à miner la confiance que la classe ordinaire peut entretenir envers l'école publique.

Qui plus est, un homme comme Jocelyn Maclure, professeur de philosophie que le sujet de l'école intéresse grandement depuis toujours, écrivait, il n'y a pas longtemps ceci: «L'école publique sert évidemment à éduquer les enfants et à favoriser leur épanouissement individuel, mais elle permet aussi de réaliser des objectifs collectifs, comme promouvoir l'égalité des chances et le brassage culturel entre des enfants qui viennent de milieux familiaux très différents.»

Il ne s'agit pas d'abolir les écoles privées, mais de cesser de les financer; du moins, de fermer substantiellement le robinet.

L'école publique ne peut se rétablir si le privé continue sa razzia auprès de la classe moyenne.

Réjean Martin

Trois-Rivières




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer