Le mea-culpa de la SAQ

La SAQ offre de nouveaux rabais aux consommateurs... (La Presse)

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La SAQ offre de nouveaux rabais aux consommateurs québécois, même sur des vins à petits prix. L'objectif premier est clairement de rivaliser avec la Liquor Control Board of Ontario (LCBO).

La Presse

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Le Nouvelliste

L'auteur, Sylvain Charlebois, est doyen de la Faculté en Management et professeur en Distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie.

La Société des alcools du Québec (SAQ) se réveille, enfin. Ainsi, elle offre de nouveaux rabais aux consommateurs québécois, de vraies épargnes, même sur des vins à petits prix.

L'objectif premier est clairement de rivaliser avec la Liquor Control Board of Ontario (LCBO) qui offre des prix très avantageux, et ce, depuis des années. C'est une bonne nouvelle pour les Québécois, les plus grands amateurs de vins au pays.

Bien que ces rabais soient bienvenus, le temps est venu pour cette société d'État du Québec de cesser d'abuser de l'amour qu'éprouvent les Québécois pour le vin.

Depuis novembre dernier, la SAQ a diminué le prix sur plus de 1700 produits en magasin, certains figurant parmi les plus populaires. Ce qui démontre que la nouvelle stratégie de prix n'est pas qu'une illusion pour la majorité des acheteurs de vins. 

En regardant ses chiffres, la SAQ n'avait pas vraiment le choix. Sur les 3 milliards totalisant le chiffre d'affaires de la SAQ, plus de 2 milliards de dollars proviennent de la vente des vins.

Parallèlement, à la SAQ, on constate que les ventes de vin stagnent depuis deux ans, n'augmentant à peine que de 1,5 % à 1,7 %. C'est peu. Ce que la SAQ a compris c'est qu'il fallait stimuler la vente des vins pour augmenter son chiffre d'affaires et la seule carte qu'elle peut jouer, c'est celle du prix. 

Même si au Québec il se boit plus de vin par habitant que dans tout le reste du pays, quatre autres provinces et territoires dépensent plus en alcool par personne que le Québec. Un Québécois moyen dépensera moins de 650 $ par année en alcool alors qu'un résidant d'une autre région du pays pourrait dépenser plus de 800 $ durant la même période.

L'acheteur québécois demeure très sensible au prix, malgré son amour pour le produit. L'autre défi pour la SAQ est la consommation générale d'alcool au Canada. Depuis 2010, le volume des ventes s'accroît à peine. Lorsqu'une province augmente ses ventes au profit d'une autre, il est difficile de compenser ailleurs. Avec la LCBO juste à côté, la SAQ devait agir. 

Avec ses baisses de prix, la SAQ fait son mea-culpa. Pendant des années, la SAQ prononçait sur le bout des lèvres que ses produits étaient à bon marché, et que les rabais offerts en Ontario étaient illusoires.

La nouvelle offensive de la société d'État démontre qu'elle avait tout simplement tort. De plus, l'une des succursales de la LCBO, la plus achalandée de l'Ontario, se situe à Hawkesbury tout près de la frontière québécoise.

La récente politique de prix à la SAQ est une bonne nouvelle pour les consommateurs. Les contribuables québécois y gagneront sûrement avec une augmentation des dividendes et des revenus émanant des taxes de vente. 

Malgré cette nouvelle offensive que les Québécois méritent bien, l'un des enjeux majeurs demeure tout de même l'accès aux produits locaux. La valorisation des produits québécois à la SAQ demeure un problème. Malgré les ventes en hausse, les ventes de la section Origine Québec ne représentent qu'une infime partie des revenus de la SAQ.

En Ontario, en Colombie-Britannique et même en Nouvelle-Écosse, les vins locaux ont une place prédominante souvent située à l'entrée du magasin. En quelques secondes, les visiteurs peuvent voir la panoplie de produits locaux, d'un seul coup d'oeil. Au Québec, la SAQ offre à ses consommateurs une véritable chasse au trésor; trouver un produit québécois à la SAQ est un réel tour de force. Il faut que cela change.

Mais il y a de l'espoir. La SAQ a dernièrement collaboré à l'élaboration de la première indication géographique protégée (IGP) dédiée aux vins québécois, une approche similaire à l'Ontario et à la Colombie-Britannique. Le hic, c'est que le Québec accuse au moins 20 ans de retard sur les autres provinces. Il y a donc du rattrapage à faire.

De plus, le prix des produits locaux doit aussi refléter une volonté de favoriser les produits d'ici, comme cela se fait ailleurs. Avec un tel soutien, la filière vinicole québécoise rehaussera sa qualité, comme ce fut le cas pour l'Ontario, la Colombie-Britannique et maintenant la Nouvelle-Écosse. Près de la moitié du vin vendu en Ontario est Ontarien. 

Les vins locaux occupent presque 15 % du marché en Colombie-Britannique, et 10 % en Nouvelle-Écosse. Pour le Québec, ce n'est même pas 1 %. 

Peut-être qu'à l'aide de cette nouvelle offensive, la SAQ fera taire les protagonistes de la privatisation, du moins pour un certain temps. Pour la filière vinicole du Québec, par contre, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.




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