L'extrême droite décomplexée?

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La popularité de Marine Le Pen s'inscrit dans une tendance de «décomplexification» de l'extrême droite.

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Le Nouvelliste

La meute est sortie de sa tanière. Nous aurions souhaité qu'elle y demeure interminablement. Mais voilà que les conditions semblent réunies pour l'autoriser à agiter ses crocs. Sa lecture «complotiste» des décisions prises par les gouvernements et son analyse primaire, voire diabolisante de l'étranger, s'exprime avec moins de complexes. Les journaux en feront prochainement leur Une: l'extrême droite est décomplexée. Elle exprime, réclame, manifeste même et dénonce, particulièrement sur les réseaux sociaux. Les Pégida de ce monde s'agitent, se croient autorisées à leur tour, à dire, à crier et à exprimer. Le populisme des uns, Trump aux USA, puis des autres, Le Pen en France, donne de l'aisance, libère la parole, autorise l'expression.

Devons-nous réagir? Assurément. Avons-nous le devoir de tenter de comprendre ce mouvement de «décomplexification» de l'extrême droite québécoise? Incontestablement. 

Dans la foulée de l'islamisation de nos perceptions occidentales et de la dérive médiatique qui cherche fréquemment à identifier le coupable par la lorgnette de ses racines religieuses, nous en sommes rendus à un niveau d'intolérance préoccupant. Le nationalisme grégaire se reconstruit autour de la peur de l'envahissement de l'étranger, du différent, de cet humain pas-humain-comme-nous. Mais quel est-ce nous? Un nous, blanc, catholique, classe moyenne, affirmant sa volonté d'en finir avec la présence indésirable de l'étranger? Mais quel est-il cet étranger?  

Il est celui qui quitte son pays, son village, pour fuir tantôt le désordre, tantôt la crise humanitaire, politique ou économique. Il est celui qui demande l'asile politique; il est celui qui espère l'accueil par sa soeur ou son frère humain. Le maître-mot vient d'être écrit. Courtement, mais univoque. Nous sommes toutes et tous de la même race: humaine.  

De ce fait, ce pays érigé sur des bases ultranationalistes, nous sommes nombreux et nombreuses à ne pas en vouloir. Ce pays dirigé par une élite qui cherche à faire de la petite politique de bas étage et récupératrice, comme le fait encore le gouvernement Couillard en prenant soin d'étouffer le débat autour de la laïcité. Ce pays hérité de nos ancêtres accueille depuis des décennies des communautés de partout à travers le monde; nous recevons sur nos terres des gens en besoin de non-jugement, de support et de rencontres. Et bien, ce pays est irradié partiellement par la xénophobie: nous sommes nombreux et nombreuses à ne pas vouloir cette poussée de ségrégation. 

Notre pays est une terre ouverte, faite de mille visages différents, de coutumes variées, de rencontres à faire et à poursuivre. Notre pays repose sur un socle constitué entre autres d'une charte des droits et libertés, consolidé par son adhésion à de nombreux pactes reconnaissant à l'une, à l'un et à l'autre, des droits. Finalement, notre pays incarne une terre de solidarité, avec un État acteur et une vie communautaire riche de femmes et d'hommes engagés au service des autres. Cette terre, la nôtre, est forte de son action intégratrice, permettant le voisinage de différentes communautés, de nos frères et soeurs des communautés autochtones à nos amis immigrants qui débarquent chaque année avec un rêve renouvelé de reconstruire des liens sociaux, avec des citoyens et des citoyennes du Québec. Nous sommes le Québec de l'ouverture, qui reconnait l'autre, le reçoit, lui fait une place et favorise un dialogue.

À mes amies et amis d'ailleurs et d'ici, nous sommes nombreuses et nombreux au Québec à désirer ardemment maintenir le projet d'un pays ouvert, accueillant, inclusif et pacifiant.

La liberté d'expression va continuer à permettre... l'expression. Nous ne pouvons permettre d'empêcher l'un et l'autre de s'exprimer, hormis quand il porte des propos haineux. Ainsi, les radios-poubelles vont continuer à diffuser; c'est à nous de changer de poste. La Meute et autres groupes radicaux de l'extrême droite vont vouloir sortir les crocs; c'est à nous de rassurer et de favoriser le dialogue sur d'autres bases.

Les antis de toutes natures, anti-syndicats, anti-vie communautaire, anti-État, anti-immigrants, anti-de-la-différence vont continuer, voire tenter d'augmenter leur présence; c'est à nous de proposer d'autres voies et de faire jaillir des communautés inclusives, optant pour l'échange et le respect de l'autre.

Nous devons poursuivre sur la seule voie qui permettra à notre civilisation de continuer d'exister: une seule race, unique, unificatrice... la race humaine qui vit au Québec, au Sénégal, au Costa Rica, sur tous les continents.  

C'est d'elle que j'espère entendre l'appel à poursuivre la construction d'un projet rassembleur et inclusif. Et c'est avec elle que j'entends continuer à prendre la parole et à agir.  

Jean Fournier

Professeur au collégial

Nicolet




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