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Pour que les musulmans que nous aimons ne soient pas les musulmans qui nous inquiètent

La vague d'amour et de solidarité dans les... (La Presse)

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La vague d'amour et de solidarité dans les jours qui ont suivi l'attentat contre la mosquée de Québec a été intense. Quelques semaines plus tard, notre amour pour les musulmans demeure fort même s'il n'est plus aussi flamboyant. En fait, il demeure aussi inquiet.

La Presse

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Le Nouvelliste

Quelques semaines après la fusillade à la mosquée de Sainte-Foy, le 29 janvier dernier, avec le recul, quelle est aujourd'hui notre réaction à la présence musulmane au Québec?

Elle n'est certes plus celle qui a suivi les premiers jours de la tragédie. Car, si nous pouvons répéter encore le cri du coeur: «Nous sommes avec vous», nous hésiterions à reprendre cet autre: «Nous sommes musulmans.»

La rencontre fusionnelle est derrière nous, mais il en reste quelque chose. Quoi au juste? Est-ce que cela a des chances de durer? Je ne peux répondre qu'à partir de ce que j'entends au fond de moi et dans mon entourage.

Notre amour des musulmans demeure. S'il n'est plus aussi flamboyant qu'il l'était il y a quelques semaines, il reste fort. Pour employer une comparaison: ce n'est plus un brasier, c'est une combustion lente...

Mais cet amour n'est pas paisible, il est inquiet. Cette inquiétude ne vient pas des musulmans eux-mêmes, mais de notre réaction à leur présence, réaction faite de confusion ou de contradictions.

Après 15 ans de débats émotifs, nous n'avons pas encore réussi à encadrer le port du voile islamique dans la fonction publique. Le dernier essai avec le projet de loi 62, dont l'article principal est centré sur le port du voile, a connu un sort lamentable.

Il faut dire que le voile islamique a un sens pluriel, une enfilade de «p»: pudeur, pitié, parure, provocation, prison (celle du voile intégral qui, lui, est étranger au Coran, il ne s'y trouve pas).

Quoi qu'il en soit de la difficulté à lever le voile pour en saisir le sens caché, il faudra bien un jour légiférer à son sujet. En attendant, notre impuissance à le faire donne au voile le pouvoir pervers de nous inquiéter.

Notre réaction à la présence musulmane n'est pas caractérisée seulement par l'impuissance mais aussi par la contradiction. Avec le projet de loi 98 présenté par le gouvernement, on veut faciliter l'intégration des immigrants au marché du travail, notamment en levant les embûches légales qui freinent la reconnaissance de leurs diplômes. 

Parallèlement à ces efforts de l'Assemblée nationale, les autorités municipales et religieuses s'emploient à lever aussi des embûches: celles qui freinent l'ouverture de cimetières musulmans et le dézonage en faveur des lieux de culte.

Avec ces deux initiatives, nous sommes dans la logique des accommodements raisonnables à laquelle on nous a habitués, si bien que nous applaudissons les autorités qui intègrent et les autres qui mettent à part.

L'autoroute des musulmans, qui les mène vers l'intégration à la société québécoise, a une bretelle de plus en plus large qui les mène vers on ne sait où. Deviendra-t-elle une route? La bretelle est l'image des accommodements raisonnables qui se multiplient. Cela nous inquiète. Nous nous demandons où ils vont s'arrêter. La charia sera-t-elle un jour à l'horizon? Des musulmans l'ont déjà demandée pour leur famille en Ontario.

Il faut sortir de la spirale des accommodements raisonnables. Ils sont un vivier d'inquiétudes réelles. Comment s'en sortir? Il y a deux manières. Celle de Donald Trump: si la Cour permet les accommodements soi-disant raisonnables, il n'y aura plus de musulmans dans ma cour. Et il y a la manière du pape François: le dialogue. 

Mais, «pour soutenir le dialogue avec l'islam, écrit le pape, une formation adéquate des interlocuteurs est indispensable, non seulement pour qu'ils soient solidement et joyeusement enracinés dans leur identité, mais aussi pour qu'ils soient capables de reconnaître les valeurs des autres, de comprendre les préoccupations sous-jacentes à leurs plaintes, et de mettre en lumière les convictions communes» (La joie de l'Évangile, 253).

Si les accommodements raisonnables sont comparables à une bretelle d'autoroute, le dialogue est semblable à un carrefour giratoire qui résout l'irréductibilité des itinéraires.

Gérard Marier, prêtre

Victoriaville




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