Attentat à Québec: ce n'est jamais la faute de l'Autre

L'attentat à la mosquée de Québec, en plus... (La Presse Robert Skinner)

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L'attentat à la mosquée de Québec, en plus de susciter une importante vague de sympathie et de solidarité envers la communauté musulmane, a provoqué des réflexions intéressantes sur l'accueil et l'intégration des immigrants, de même que sur la perception de l'immigration par les Québécois.

La Presse Robert Skinner

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Le Nouvelliste

L'auteur, Yves-François Blanchet, est analyste politique à la télévision et à la radio, anthropologue, ancien député et ministre de l'Environnement dans le gouvernement de Pauline Marois. Ce texte est une adaptation abrégée de la version originale: «Never the Others' Fault», destinée aux lecteurs canadiens et américains.

Le 29 janvier, un sympathisant de l'extrême droite raciste fait irruption dans la Grande mosquée de Québec et fauche six pères de famille. La nombreuse communauté musulmane du Québec exprime alors toute sa peur, son indignation et sa tristesse aux populations du Québec et du Canada dont les manifestations de contrition et de solidarité sont sans précédent. 

Le Québec accueille chaque année environ 50 000 immigrants. Plusieurs d'entre eux posent des défis d'intégration linguistique, culturelle et économique. Comme ailleurs, le terrorisme islamique radical a stigmatisé une communauté de musulmans pourtant mieux intégrés parce que beaucoup maîtrisent le français. Aucun immigrant de confession musulmane n'a jamais posé de geste terroriste au Québec.

On assiste alors et de plus en plus à une récupération partisane du drame de Québec, à des attaques contre les nationalistes québécois et ce qu'ils appellent l'«interculturalisme». Ce n'est pas une notion très claire mais on pourra le définir comme le multiculturalisme assorti d'une volonté de la société d'accueil que soient adoptées par les immigrants certaines valeurs consensuelles: le français comme langue commune, la primauté du droit, la laïcité de l'État, l'égalité entre les sexes et les orientations sexuelles, les religions et les origines... 

Pourtant, même un consensus québécois risquerait de ne pas satisfaire l'ensemble du Canada, résolument multiculturaliste et anglophone. On a donc lu dans les pages du Washington Post une charge contre le Québec en général qui, selon le polémiste et caricaturiste J.J. McCullough de Vancouver, cacherait sous des dehors progressistes un racisme profond et sombre. À preuve: le nombre d'attentats qui sont perpétrés au Québec! 

L'auteur n'hésite pas à parler d'un sentiment antisémite et profasciste bien enraciné et à confondre les crimes haineux à caractère sexiste dans des institutions d'enseignement, les attentats perpétrés par des «loups solitaires» sans supervision terroriste organisée, dont celui de Québec, et deux attentats contre des leaders souverainistes qui ont échoué mais coûté plusieurs vies.

Ce fourre-tout sert son propos: c'est le Québec même qui, raciste et intolérant, séparatiste de surcroît, s'avère le creuset de toutes les violences.

Au coeur du débat, l'immigration est fortement instrumentalisée. Les Québécois issus de l'immigration se reconnaissent peu dans le débat linguistique et constitutionnel qui agite le Québec. C'est au Canada, voire en Amérique, que beaucoup d'entre eux jugent être venus, aussi adhèrent-ils davantage au fédéralisme.

Un nombre important manifeste une préférence pour l'intégration à la communauté linguistique et économique anglophone pour des raisons similaires. Chez les nationalistes et les souverainistes, on associe donc l'immigration au renforcement du fédéralisme par la force croissante du nombre. 

Des mesures importantes sont alors imaginées pour intégrer les immigrants au sein de la société québécoise. La langue officielle en est le français et l'accueil est assorti de règles contraignantes portées par des lois linguistiques et, au plan culturel et institutionnel, un projet de Charte des valeurs qui aura, à tort peut-être et malgré son échec, contribué à associer le mouvement souverainiste à un certain nationalisme ethnique. On oublie facilement les mesures positives, les propositions incitatives et le soutien économique aux communautés immigrantes.

Le nationalisme ethnique existe. L'auteur de l'attentat de Québec s'en revendiquait. Il ne prospère cependant qu'aux franges de la société et ne nourrit pas une extrême droite comparable à ce qui se voit en France, ailleurs en Europe et même en Amérique. Personne de sérieux n'affirme que les partis souverainistes soient racistes ou islamophobes.

Or, ce n'est jamais la faute de l'Autre. En politique, il est vain de rejeter sur autrui la responsabilité d'un échec, d'un recul ou d'un drame. Il convient au contraire, toujours et sans complaisance, de se demander, chacun pour soi puis ensemble, ce que nous aurions pu faire autrement pour éviter un pareil drame et ce qui pourra être fait pour qu'il n'en survienne plus.

Malgré son regard critique et des propos acerbes, le Canada obligera plutôt le Québec à être meilleur, accueillant, compréhensif et créatif sans pour autant renoncer à ce qui fait de lui une nation riche de ses métissages au sein d'une culture commune. L'accueil de centaines de réfugiés qui bravent la frontière et le froid en fuite de l'Amérique de Donald Trump sera un test crucial à cet effet. 

Ainsi, en évitant de jeter la faute sur l'Autre, le Québec ne sera que plus légitime de choisir s'il veut demeurer une province canadienne ou siéger comme pays à la table des nations.




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