La simplicité de l'héroïsme

L'héroïsme vrai, ça part des enfants dans les... (La Presse)

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L'héroïsme vrai, ça part des enfants dans les écoles qui veulent s'instruire et ça va jusqu'aux personnes âgées qui s'intéressent à plein de sujets, discutent, s'impliquent, écrit l'auteur de cette lettre.

La Presse

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Le Nouvelliste

J'ai appris il y a peu de temps qu'il existe un organisme international spécifique qui indique les règles auxquelles il faut se plier si l'on veut traverser la mer à la rame en solitaire et obtenir ensuite que l'exploit soit officiellement reconnu.

Traverser la mer à la rame en solitaire? Serait-ce devenu une activité à ce point répandue de nos jours pour qu'un organisme parvienne à faire ses frais de s'en occuper? Qu'importe.

Le fait est qu'on nous rapporte pratiquement tous les jours dans les médias ces activités individuelles hors du commun qui voient, par exemple, l'un être lancé du ciel en Antarctique sans rien à manger ou l'autre courir des marathons sur tous les continents en l'espace de quelques jours.

Pascal Bruckner définit ainsi l'individualisme: «des humains affligés par la recherche perpétuelle d'intensité». Dans son livre La tentation de l'innocence, l'essayiste français voit dans «cette bataille pour attirer l'attention, (...) et cette rage de faire parler de soi, fût-ce par les moyens les plus extravagants» des marques qui, dans nos sociétés, indiquent, dit-il, que «l'individualisme est tout»...

N'allons pas si loin, mais observons tout de même que ces prouesses au singulier parviennent évidemment à être vécues par procuration par une foule de personnes qui, en fait, s'en divertissent. 

Peut-être est-ce étrange, mais c'est ça: le dépassement de soi sans autre but que de se dépasser parvient à griser bien des gens et reflète les valeurs portées par ceux-ci.

Il faut dire que les performeuses ou performeurs ont le génie de s'associer à des causes humanitaires, à des organismes commanditaires dont les responsables ne semblent pas être embarrassés de leur offrir par le fait même une sorte de caution. Que ne ferait-on pas pour des sous, de la visibilité?

Il y a aussi parfois qu'on se convertit après l'aventure vécue, en stars, en conférencières ou conférenciers pour des publics qui peuvent apprécier, s'émouvoir de ce qu'on leur raconte ainsi.

Et il y a donc là encore de l'argent qui circule...

Mais en fait avec tout ça, ne sommes-nous pas plongés jusqu'au cou dans ce qu'on appelle la société du spectacle? 

En tout cas, affirmons que, devant ces exploits, nous ne sommes pas nommément en présence de bienfaitrices ou de bienfaiteurs de l'humanité, simplement de ses amuseurs.

Pour ma part, les héros sont ailleurs.

L'héroïne ou le héros, c'est celle ou celui qui se casse la tête pour apprendre, approfondir, capter des choses, se cultiver et qui, ensuite, non seulement s'en sert pour vivre et oeuvrer à améliorer le monde, mais tâche généreusement de partager tout ça avec ses semblables au sein de rencontres toniques, stimulantes.

L'héroïsme vrai, ça part des enfants dans les écoles qui veulent s'instruire et ça va jusqu'aux personnes âgées qui s'intéressent à plein de sujets, discutent, s'impliquent.

Réjean Martin

Trois-Rivières




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