Lettre à Monsieur Hammadouche

Djemila Benhabib, qui était présente lors de la... (François Gervais)

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Djemila Benhabib, qui était présente lors de la vigile à Trois-Rivières pour l'attentat à la mosquée de Québec, fait partie selon l'auteur de la lettre, de ces femmes dont la démarche humaniste est nécessaire.

François Gervais

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Le Nouvelliste

En réaction aux lettres de Malik Hammadouche publiées dans nos éditions du 7 et du 14 février.

J'ai lu mardi matin votre texte d'opinion intitulé «Laïcité exclusive ou... la naissance d'une religion». J'ai le gout de prendre à mon tour la plume suite aux évènements malheureux qui se sont produits à Québec nous laissant tous dans le deuil et la consternation face à l'absurdité et à la barbarie. J'ai participé au parc Champlain à la soirée organisée en solidarité avec les familles si durement éprouvées par la perte d'un conjoint, d'un père, d'un frère. Malgré le froid, on sentait la chaleur humaine palpable de ceux et celles venus là pour dire clairement leur ouverture à tous et leur espoir de fraternité si bien exprimés par les intervenants qui ont pris la parole ce soir-là.

Je comprends votre colère. Votre réaction vive et émotive est à la mesure de la douleur que vous ressentez et que je partage. Mais j'aimerais aussi échanger avec vous mon point de vue et apporter quelques nuances.

Permettez-moi de revenir sur certains points soulevés dans votre texte paru dans Le Nouvelliste du 6 février dernier intitulé «La source du drame». Votre attaque en règle contre certaines personnalités publiques (Richard Martineau, Djemila Benhabib, les Janettes...) me semble injustifiée. Vous les associez à ces «semeurs de divisions et de peur qui surfent sur l'ignorance, alimentant la haine du musulman, semant depuis des années les graines qui ont mené au crime dont tout ce beau monde, à la blancheur immaculée, continue à se laver les mains». Je crois qu'ici on se trompe de cible en mettant dans le même panier des gens qui selon moi ne véhiculent pas le même message. 

Oui, il y a dans notre société des individus qui soit par méchanceté, par peur ou par ignorance (par exemple certains animateurs des radios poubelles de Québec) «déversent des flots d'insanités et de faussetés engendrant la haine dans le coeur de leurs concitoyens», non seulement à l'égard des musulmans mais à l'égard de tout ce qui est différent d'eux. Ceux-là, par leurs abus de langage, leur manque de jugement et leur absence de nuance font un tort considérable à tous. 

Sans prétendre prendre la défense des Martineau, Benhabib et Bertrand (Janette) qui s'en sortent fort bien par eux-mêmes, je ne considère pas que ces personnes, au franc-parler, certes, soient xénophobes, racistes et porteuses de haine, bien au contraire.  

Prenons les cas de Mmes Bertrand et Benhabib.

Janette Bertrand, par son oeuvre éducative à la télé, a fait énormément pour tous les Québécois et Québécoises, tout particulièrement pour la cause de l'émancipation des femmes et l'égalité entre les hommes et les femmes, valeur incontournable dans une société moderne telle que la nôtre. C'est une grande dame, lucide, très respectueuse et à l'esprit ouvert.  

Djemila Benhabib est selon moi un bel exemple d'intégration à la société québécoise. Femme engagée, musulmane d'origine algérienne, elle milite avec énergie pour l'émancipation des femmes issues de sa culture et, entendons-nous bien, elle dénonce avec courage et intelligence non pas l'islam et la religion musulmane, mais ses formes déviantes que sont l'intégrisme et le fanatisme d'un islamisme porteur de haine, d'exclusion, d'inégalités et de violence. Elle met en garde contre le danger que cela représente pour le monde (déviances qui, soit dit en passant, ne sont pas l'apanage de l'Islam mais de la plupart des religions à une époque ou à une autre). 

Par conséquent, je crois que ces femmes font oeuvre non seulement utile mais nécessaire. Leur démarche humaniste est dérangeante mais combien pertinente pour l'avancement de la société. Par conséquent, il m'apparaît injustifié de les amalgamer aux porteurs «d'insanités, de faussetés, de haine».

Vous affirmez: «la laïcité (exclusive) prône la disparition totale de toute religion au Québec». La laïcité comme nous l'entendons au Québec concerne la séparation de l'État et du religieux et par conséquent de toutes influences religieuses. En d'autres mots, l'État n'est pas une théocratie. Loin de proscrire toute religion au Québec et d'en promouvoir la disparition, l'État laïque qui par définition est neutre, rend au contraire possible la coexistence pacifique des diverses religions... dans le domaine privé.

Force est de constater qu'on est loin de prôner la disparition de toute religion au Québec. Mais «Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu», ne mélangeons pas tout.

En terminant, quand vous dites: «La religion n'est pas la source du mal! Le mal vient de ceux qui pour une raison ou une autre, détournent la religion de son essence, de sa noble mission: l'éveil spirituel et universel de l'humanité!», je suis tout à fait d'accord avec vous. Et j'ajouterais: mais ô combien Dieu doit-être triste de voir à quel point on l'utilise trop souvent pour justifier l'injustifiable.

Gilles Rioux

Trois-Rivières




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