Le resto et la Saint-Valentin: amour et gaspillage

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Après la fête des Mères, la Saint-Valentin devient la journée la plus achalandée au calendrier des restaurateurs.

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Le Nouvelliste

L'auteur, Sylvain Charlebois, est doyen de la Faculté en Management et professeur en Distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie.

C'est le temps des amours. Dehors, on grelotte de froid, mais il fait chaud dans nos coeurs durant cette belle période de la Saint-Valentin.

D'ailleurs, il est difficile d'imaginer cette fête des amoureux sans le chocolat, les roses, le bon souper aux chandelles préparé pour sa tendre moitié ou bien le traditionnel repas au restaurant.

Après les fêtes de Noël, du jour de l'An, de Pâques et de l'Halloween, la Saint-Valentin s'inscrit comme l'une des fêtes les plus lucratives de l'année pour le commerce de détail. Et pour la restauration, c'est une mine d'or.

Le lien entre l'alimentation et la Saint-Valentin ne date pas d'hier. En effet, lors de la fête des Lupercales, datant du temps des Romains, on invitait les citoyens à un festin de purification autour du 14 février.

Durant les années médiévales, les jeunes femmes ingéraient des aliments bizarres comme des serpents ou même des épices exotiques afin de rêver de leur futur mari. Depuis, les traditions ont bien changé mais le rôle central que joue l'alimentation durant cette fête de l'amour demeure. 

Après la fête des Mères, la Saint-Valentin devient la journée la plus achalandée au calendrier des restaurateurs. Ils vous préparent un menu relevé à des prix qui déjouent souvent l'imaginaire. Disons que le secteur de la restauration vous attend avec impatience, puisque le prix est souvent un facteur moins important pour le consommateur lors de ces occasions. 

Un récent sondage mené par la firme Zagat estime que seulement 16 % des gens interrogés jugent l'ambiance romantique comme étant le facteur le plus important lorsque vient le temps de choisir un restaurant pour la Saint-Valentin.

En effet, plus de 40 % estiment que l'ambiance n'est pas importante du tout. En contrepartie, près de 51 % jugent que c'est la qualité du menu et les choix proposés qui priment. C'est comme si la romance n'avait plus autant la cote comparativement à la nourriture pour plaire au «foodie» en nous.

Bien sûr, selon ce même sondage, les couples préfèrent de loin la cuisine italienne pour la Saint-Valentin. Il semblerait que les mets japonais et thaïlandais passent en deuxième et troisième place. Alors, le temps des violons, des chandelles et des lumières tamisées est révolu. L'accent est maintenant sur la nourriture et les mets servis, plutôt que sur le décor et l'atmosphère; une tendance remarquée dans la majorité des grandes villes du monde. 

Un bon repas à la maison en amoureux n'a pas de prix. Le Casanova qui prépare un repas en tentant d'épater sa compagne est toujours gagnant. Par contre, si le talent manque et vous tenez à braver les restaurants le soir de la Saint-Valentin, attendez-vous à payer plus cher tout en obtenant un service plus lent. 

D'ailleurs, si en lisant ces quelques lignes vous n'avez toujours pas une réservation pour la soirée du 14 février, bonne chance. À Montréal ou ailleurs, à moins d'amener votre compagne ou compagnon à un restaurant de service rapide, il faut s'y prendre des semaines à l'avance. Et pour le prix, l'inflation «valentine» est spectaculaire. Les prix peuvent bondir de 50 %, 60 %, 90 %, voire 110 % pour une seule soirée.

Et si la Saint-Valentin tombe un jour de semaine, cette manne dure quelques jours et se prolonge jusqu'au week-end. Étant donné que plusieurs des clients qui visitent les restaurants le soir de la Saint-Valentin sortent peu durant l'année, ils connaissent rarement les points référentiels de prix. L'intention des convives est d'impressionner, surtout au début d'une relation, alors les restaurateurs en profitent. 

Le service aussi écope le soir de la Saint-Valentin puisqu'il est souvent entre 15 % et 50 % plus lent qu'à l'accoutumée. Sachant qu'ils paient plus cher à la Saint-Valentin, les clients se plaignent davantage et retournent des plats à la cuisine. Même chose pour le vin et le bar. Les va-et-vient entre la salle à manger et la cuisine ralentissent le service.

Pour en rajouter, les équipes en devoir n'ont pratiquement pas de pause, ce qui augmente bien sûr les chances à l'erreur. Il y a donc un constat fascinant à faire avec à la Saint-Valentin. Selon une récente étude, c'est à la fête des amoureux où le gaspillage alimentaire en restaurant est à son comble.

Un restaurant peut gaspiller entre 30 % et 50 % de plus qu'au cours d'une soirée ordinaire, simplement en raison du manque de temps pour suivre les bonnes pratiques en cuisine. Les attentes déraisonnables de certains clients ajoutent certes de l'huile sur le feu.

Mais il y a fort à parier que vous saviez déjà que sortir au restaurant le soir de la Saint-Valentin est une expérience quasi cauchemardesque. Mais nous le faisons tout de même, année après année, au nom de l'amour. N'est-ce pas? Joyeuse Saint-Valentin!

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