L'identitaire n'est pas un poison

Un citoyen de Trois-Rivières, Malik Hammadouche, dénonce l'identitaire comme la... (Infographie Le Soleil)

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Le Nouvelliste

Un citoyen de Trois-Rivières, Malik Hammadouche, dénonce l'identitaire comme la source du drame de Québec, où six musulmans ont été tués froidement dans une mosquée par un Québécois perturbé le 29 janvier dernier. Il dénonce aussi certaines gens qui en ont usé par leur média respectif pour influencer la pensée des Québécois contre les musulmans.

Le 31 janvier, au Café-Philo du modérateur Jacques Senécal, philosophe, la question fut: sommes-nous condamnés à taire notre identité?

De prime abord, je me suis répondu «oui» à cette question, mais à la seconde suivante, j'ai pensé à toutes ces races, ces nations, ces religions, ces femmes, etc. laissées-pour-compte.

Il devint évident pour moi comme pour la majorité des personnes présentes au débat, que nul ne devait taire son identité, et que nous devions toutes et tous apprendre la vertu de la tolérance et la pratique de la retenue et de l'attention pour bien conjuguer nos identités respectives et notre liberté d'expression. Notre humanité en dépendait.

Dans sa plus petite expression, l'identitaire se résume à ce «moi», à ce «soi» qui veut émerger de chacun de nous, qui veut s'exprimer pour donner sa part d'humanité à l'humanité. Nous sommes toutes et tous les briques de cette humanité à perpétuellement construire, et ce, au risque que l'humanité ne soit jamais parfaite puisque nous sommes tous imparfaits. D'ailleurs ne faut-il pas qu'elle soit ainsi?

Imparfaite. Le jour où elle sera parfaite, tout s'éteindra, tout s'effondrera; c'est là le paradoxe de la perfection: tout est à faire éternellement, sans relâche. L'eugénisme est une grave erreur humanitaire et l'identitaire pourrait être son antithèse.

Qui a dit que sur cette terre se fabriquerait le royaume de Dieu? Si c'est le cas, ce travail est infini. Penser ici-bas la perfection, c'est y travailler sans relâche, mais sans y croire un seul instant.

L'identitaire est à respecter, mais à ne jamais idolâtrer; à respecter, pour l'un et pour l'autre, à respecter puisque chacune et chacun est cette identité différente et la richesse du monde. Là est la seule solution pour sauver ce monde imparfait. Et «sauver ce monde» veut simplement dire «vivre en paix». 

Qui oserait dire qu'il est seul à personnifier cette identité parfaite, une, sainte, etc.? Quelle race humaine oserait s'affirmer l'unique et la plus grande? Quel sexe oserait se déclarer le plus fort? Quelle religion oserait se dire universelle? Quel roi, ou quel président oserait se qualifier de chef ultime de toutes les âmes d'un pays? Quel humain se placerait au-dessus de tous les animaux? Allons donc!

L'identité est l'unité indivisible de chaque personne et nul ne peut la réduire au néant d'un peuple, d'une nation, d'une religion, d'une race... Aucune religion, aucun pays, aucune loi n'est «moi», encore moins l'unique identitaire.

C'est la charte des droits de l'Homme qui nous y conscientise. Aucun pays et sa constitution n'agrandissent l'identité d'une personne; au contraire, ils la réduisent; si je suis de telle religion, de tel pays, de telle race, je ne suis plus mon identité, je ne suis plus «moi», mais tout autre et je me fonds, je me fusionne, je me réduis, je disparais presque: je réduis mon identité à cette masse. 

Seul chaque individu est maître de son identité. 

Personne n'est responsable de qui que ce soit après l'âge de raison, après qu'une maturité guide l'identité d'une individualité. C'est par amour et respect que nous pouvons nous aider mutuellement à mieux; sans amour, sans respect, rien ne se crée, rien ne se fait.

Si je suis Québécois, c'est que je suis une personne, un humain, une individualité indivisible. Si je suis «nous», c'est parce que je suis d'abord UN. Et ce «nous» est nous tous, sans distinction.

J'ai beau être le fils de Lilianne et de Gérard, je ne suis que «moi», ni Lilianne, ni Gérard, ni une famille. C'est là le mystère de la vie, de l'âme et du corps, ici, maintenant, dans cet univers de mystères. C'est ensemble que tous les UNS peuvent s'aimer et tenter de s'imbriquer. Impossible autrement. Impossible que l'identitaire nous empoisonne puisqu'il est la source de l'humanité.

Accueillons-nous, aimons-nous puisque nous sommes, puisque je suis, puisqu'on ne peut y faire autrement que de vivre ensemble sinon, nous nous détruisons: c'est la guerre et non la paix. Seule, la bonne volonté fait des pays en paix. 

Cessons de nous détester; faisons la paix, et faisons l'amour! Il faut faire silence et taire nos paroles acerbes, méchantes, destructrices et meurtrières, mais ne taisons jamais nos identitaires. Faisons la paix des nations, la paix des identitaires. 

Tout un contrat.

François Champoux

Trois-Rivières 




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