Un chef de peuple se tient sur la montagne

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Le Nouvelliste

Nos chefs suivent, depuis quelque temps, les instincts populaires, surfent sur la vague.

Le 17 février 2016, La Presse relate une dénonciation anonyme accusant Claude Jutra de pédophilie. Le journal donne le nom fictif de Jean à l'accusateur et publie son récit de vie avec ses tristes conséquences. L'accusateur anonyme passe au rang de victime. Jutra devient un bourreau d'enfants. Il est condamné par les médias et par l'opinion publique.

Des amis et des proches de Jutra prennent sa défense. Ils cherchent, en vain, l'identité de l'accusateur. Pour vérifier un certain fondement à l'accusation, ils invitent d'autres potentielles victimes de Jutra à dévoiler leur secret. Que les victimes se montrent ! L'accusateur anonyme reste seul. 

Aucune preuve, et Jutra n'est pas là pour se défendre. La présomption d'innocence ne vaut pas pour lui. Des artistes, qui le prenaient pour modèle, commencent à avoir honte de lui. Avec l'appui de la ministre de la Culture, on refuse que le gala des artistes continue de porter son nom.

Le public le condamne sans preuve ni jugement et réclame sa tête. Lynchage comme au temps des cowboys. Ceux qui se lèvent pour prendre sa défense sont écartés des médias. Le sexe efface tout, a raison de tout.

Denis Coderre, au lieu de montrer la voie du droit et du respect de la personne, suit le mouvement populaire. Par peur de déplaire à la populace, il décide d'enlever le nom et le souvenir de Jutra à travers la ville: nom de rue, de place, etc. Véritable Lucky Luke, il tire plus vite que son ombre, sans discernement. 

Une voix anonyme vient d'abattre une statue de bronze avec la complicité de la vague populaire et de chefs qui suivent la vague. Jutra demeure un grand Québécois, un leader admirable par ses nombreuses productions et plusieurs reconnaissances officielles de son vivant. 

Le 27 janvier 2017, Pierre Paradis, ministre de l'Agriculture dans le gouvernement Couillard, est obligé de se retirer de ses fonctions à la suite d'une dénonciation pour, dit-on, affaire de sexe. On fait fi de son droit à la présomption d'innocence, on le raye d'un trait de plume de son poste et on le remplace. Il n'est pas le premier à qui ça arrive. Il n'est sans doute pas le dernier. 

Le chef s'empresse d'agir avant que la soupe de la calomnie déborde dans l'opposition, dans les médias et que la vague populaire d'indignation s'en empare. En dehors de la protection du droit, chacun peut se sentir menacé d'accusation anonyme tout à fait farfelue pour le faire taire ou par vengeance. Pourtant, l'histoire déborde de chefs performants pour la nation dont les écarts de vitalité sexuelle ou autre n'ont pas entaché leur fonction.

Le 29 janvier dernier, à la suite de l'assaut meurtrier contre des musulmans à Québec, tous les chefs de partis dénoncent la haine, la violence et font la promotion de la tolérance, du vivre ensemble. Une déclaration de principes.

En réalité, chacun a des corrections à apporter à son programme et à ses comportements tant à l'Assemblée nationale qu'en relation avec les médias et la population. La protection du droit doit s'étendre aux groupes et aux communautés. Nos instincts primitifs ne sont jamais loin sous le vernis de la culture. Vivre ensemble exige des règles de comportements publics et des balises délimitant l'espace public et la vie privée.

Quel chef du Québec aura le courage d'affronter la meute des médias et des groupes organisés en balisant le droit de la parole publique: un droit qui a des limites dans ses contenus et dans son exercice.

Le courage aussi d'affronter la vague populaire des électeurs et des religions en balisant la laïcité de l'État. Baliser l'espace public et déterminer les comportements attendus de tout citoyen dans cet espace, qu'il soit croyant ou non. 

Un chef de peuple se tient au-dessus de la vague, sur la montagne. Sans peur de perdre son auréole ou le pouvoir, il établit des règles de vivre ensemble et protège ainsi les individus et les communautés.

Gilbert Bournival

Saint-Étienne-des-Grès

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