Communiquer pour se rapprocher de l'autre!

Les témoignages de sympathie se sont multipliés suite... (La Presse)

Agrandir

Les témoignages de sympathie se sont multipliés suite à l'attentat dans une mosquée de Sainte-Foy.

La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

J'ai reçu la nouvelle de l'attentat à Sainte-Foy comme un coup de poignard. Et devant l'incompréhensible, je suis resté abasourdi un bon moment. Cette barbarie est d'une telle tristesse! Ce geste horrible et condamnable a suscité à juste titre une vague d'indignation dans la population ici, au Canada et dans le monde. Tous les commentateurs ont vibré, sans équivoque, avec la peine des familles et l'ensemble de la communauté musulmane.

Certains critiques ont jugé que les excès commis au nom de la liberté d'expression dans les médias, en particulier à la radio et sur Internet, ont créé un malaise et amplifié une phobie à l'égard des musulmans. La liberté d'expression peut-elle aller jusqu'à bafouer la foi, les croyances des individus? Pourtant, le respect de la foi des musulmans, au même titre que celle des juifs, des bouddhistes ou des diverses confessions protestantes, n'est-il pas de mise dans une société pluraliste? Alors pourquoi cette intolérance à l'égard de la communauté musulmane qui a poussé un Québécois à commettre l'irréparable?

Pour comprendre l'attentat, il faut aller plus loin que la liberté de la presse, ou les discours controversés de politiciens ou d'animateurs; il faut remonter aux causes, aux motifs profonds qui ont poussé ce terroriste à agir. La psychologie sociale peut venir à notre secours. Un homme qui n'arrive pas à exprimer ses sentiments ou sa pensée par les mots a souvent tendance à s'exprimer par la colère ou par la violence. On comprendrait cela dans un régime totalitaire où la violence devient un exutoire, parce qu'on y est obligé de refouler constamment ses idées, ses sentiments. Un exemple. Le quart des idées que j'ai développées dans les médias écrits m'auraient valu un long séjour à l'ombre dans une prison du Moyen-Orient. Pensons à Raïf Badawi! Mais en démocratie où l'on peut échanger, discuter, débattre et argumenter à loisir, les mots, de préférence non chargés de haine, remplacent la violence et peuvent créer le consensus, voire l'harmonie. C'est le grand avantage que nous avons au Québec. Alors comment un jeune universitaire qui est censé savoir structurer sa pensée ne discute-t-il pas? L'attentat serait-il dû à un blocage psychologique provoquant un manque de capacité de communication du tueur?  

Il est de mise, affirme de nouveau la psychologie sociale, pour un rapprochement avec l'Autre d'être capable de lui verbaliser nos idées et nos valeurs tout comme nos appréhensions, nos problèmes, nos souhaits... et réciproquement dans le but de comprendre les différences, de trouver un terrain d'entente ou un compromis. Il faut donc se parler. C'est un élément essentiel de l'équation. Or les craintes, les peurs d'une tranche de la population québécoise incapable de faire la distinction entre d'honnêtes et sincères citoyens musulmans et les actions horribles des islamistes radicalisés dont nous abreuvent les médias, ces peurs peuvent devenir exacerbées par l'ignorance et provoquer des passages à des actes insensés. Pensons à Martin Rouleau à Saint-Jean-sur-Richelieu, à Michaël Zahef-Bibeau à Ottawa, auteur de la fusillade à la Chambre des Communes. Surtout que les prises de position modérées de la communauté sont plutôt rares, laissant une grande place aux propos incendiaires de certains imams fanatiques sur certains sites et dans certaines mosquées qui influencent et fragilisent des jeunes. 

D'autre part, il faut bien le reconnaître, contrairement à l'une de nos valeurs de base, soit l'ouverture à l'autre, la communauté musulmane tisse elle-même des éléments de distanciation. Et l'on peut citer des comportements et des demandes d'accommodements formant autant de barrières entre les deux communautés. Communiquer et abattre les murs des préjugés doivent se faire dans les deux sens. Il est donc urgent d'établir un dialogue honnête et franc qui brise les murs entre les deux communautés.

Cependant, le manque de communication n'excuse en rien la dérive des radicaux de quelque origine qu'ils soient!

Roger Greiss

Trois-Rivières

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer