Je suis musulman

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L'esprit de notre pays, repose essentiellement sur l'ouverture à l'autre, la compassion et l'accueil.

Le Soleil

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Le Nouvelliste

Je suis musulman.

Je le suis depuis l'attentat survenu au Centre culturel islamique de Québec où six personnes ont trouvé la mort sous les balles d'un forcené adepte de discours haineux et racistes.

Peut-être que je paraîtrai trop sensible. L'est-on jamais assez? Je vous avouerai en toute humilité que j'ai pleuré. J'ai eu honte de mon peuple, même si le geste n'a pas été commis par un groupe. J'ai lu et vu les liens, les discussions et les commentaires dégueulasses qui mènent un jeune homme vers le statut d'ange exterminateur. Je sais fort bien dans quelle culture a baigné l'assassin.

Je suis musulman. Je n'ai jamais lu le Coran. Je ne pratique pas ce culte. Mais seuls des idiots peuvent refuser à une personne humaine cette possibilité de transcender ce monde physique incomplet et imparfait. Seuls des insensibles peuvent renier à l'homme cet attrait pour la méditation et les espaces infinis.

Il s'en trouve malheureusement dans notre société.

Cela me fait tout de suite penser à la parabole du Bon Samaritain tirée des Évangiles. Un type de confession juive gît au sol, blessé par des voleurs qui l'ont abandonné sur le bord de la route. Un prêtre et un Lévite, tous deux juifs, passent devant lui sans l'aider.

Finalement, c'est un Samaritain, un membre d'une communauté jugée impie, qui porte secours au blessé. Cette parabole est mise en lumière par une épître de Paul de Tarse dans laquelle il rappelait que la foi n'est rien sans la charité. Bref, on juge un arbre à ses fruits. Pas à ses idées. Ni à sa religion.

L'esprit de mon pays, s'il peut se prévaloir d'en avoir un, repose essentiellement sur l'ouverture à l'autre, la compassion et l'accueil. Il n'est pas incrusté dans les fèves au lard. Il ne dépend pas d'un sapin de Noël.

À l'instar de Gilles Vigneault, dans sa chanson Mon Pays, je dis à tous les hommes de la Terre que ma maison c'est votre maison et que tous les humains sont de ma race.

Je m'inquiète de la montée de discours haineux tant sur les médias sociaux que dans les médias traditionnels.

Je m'inquiète des émules de la Radio des Mille-Collines cette radio rwandaise qui diffusait jour après jour des appels à la haine sous des musiques enjouées.

Je m'inquiète des partisans de Donald Trump qui croient tout à coup qu'il n'y a plus de constitution ni d'articles du Code criminel contre les discours haineux.

Je m'inquiète de ceux qui fouleraient aux pieds l'État de droit pour nous plonger dans une fournaise de glaives.

Je m'inquiète aussi du climat politique qui prévaut dans la Capitale Nationale.

J'ai vécu quatre ans à Québec. Je sais bien que cette ville n'est pas constituée que d'imbéciles racistes et xénophobes. Par contre, tout un chacun ressent bien un malaise grandissant avec ces flots de haine qui se déversent sur les ondes hertziennes de la capitale. 

L'insulte est l'arme des simples d'esprit. C'est l'arme utilisée jour après jour par des animateurs bas de gamme qui multiplient leurs attaques contre les féministes, les musulmans, les homosexuels, les transgenres, les syndicalistes, les artistes et les intellectuels.

Il serait approprié de savoir qui financent ces stations de radio.

Il serait utile de songer à appliquer les articles du Code criminel qui sanctionnent les discours haineux avant que de s'enfoncer toujours plus dans la bêtise.

Pour le moment, je le répète: je suis musulman.

Je suis musulman, en effet, et je prie à la mémoire des victimes de ces meurtres racistes pour que cela ne se reproduise plus jamais.

Gaétan Bouchard

Trois-Rivières

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