Noël 1978

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Le Nouvelliste

Récit de Martin Lemay (4 de 5)

Une histoire pour voyager dans le temps et pour se remémorer avec nostalgie et plaisir la fin des années 1970.

***

25 décembre, 

Batiscan

La fête ne fait que commencer... il faut aller à Batiscan pour le réveillon. Comme l'autoroute 40 n'est pas encore ouverte, on en a pour un bon 40 minutes par la 138. Au moins, il ne neige plus. Juste le temps de passer prendre les cadeaux et la bûche, nous voilà sur la rue des Chenaux en direction du vieux pont. Une chance qu'il ne fait pas trop froid. Mes parents, qui fument tous les deux à l'avant, peuvent laisser les vitres un peu ouvertes. Ils se demandent pourquoi j'ai mal au coeur! Assis sur le banc arrière de la grosse Mercury, je ne vois même pas dehors. Il y a de la boucane plein l'auto, je suis vert et j'ai chaud. Mes parents mettent mon mal des transports sur la faute des chocolats que j'ai mangés et s'allument une autre cigarette. 

Par chance, on arrive à bon port sans aucun débordement. Je prends tout de même le temps de prendre l'air avant d'entrer dans un autre milieu contaminé, à la fumée de pipe celui-là. Rosario - ou Bonhomme comme on l'appelle -, le vieux garçon de la maison, fume la pipe. Du gros tabac de Batiscan, cultivé, séché et haché dans le hangar en arrière de la maison. Bien tassé dans sa pipe en bois, il produit à profusion une dense fumée bleue qui impose à ma grand-mère le lavage mensuel des rideaux. On laisse les boîtes et la bûche dans le solarium, comme ma grand-mère nomme la cuisine d'été de la maison.

Contrairement à ce que je craignais, ce n'est pas l'odeur de tabac à pipe qui nous saute au nez en entrant, c'est celle du bouillon de viande de ma grand-mère. On ne saura jamais ni la nature ni le nombre de bêtes qui ont contribué à la fête en donnant leur carcasse pour la cause. C'est une recette secrète. La légende veut qu'il y ait de la viande sauvage là-dedans... Mononcle Louis nous rassure en nous disant qu'il n'a pas mis les os de son chien, mort en novembre, dans le bouillon, me voilà rassuré.

Les salutations faites, ma grand-mère annonce que puisque tout le monde est là, on va manger. Bonne idée, j'ai faim.

Une table interminable est dressée dans le salon. Ma grand-mère nous sert une tasse de bouillon dans des tasses dépareillées. La mienne est carreautée rouge et conique, la base plus large que le bord, très art déco. À bien y regarder, il n'y a pas que les tasses qui sont dépareillées, les verres aussi. Mononcle Louis a un verre qui ferait l'envie de bien des poissons rouges, alors que mon père boit son gros rouge qui tache dans une flûte à champagne. Il n'y a que les femmes qui ont des verres apparentés. Elles ont des petites coupes à sherry multicolores en verre teinté qui doit contenir environ une gorgée de vin. Pas de danger que matante Rolande prenne un coup icitte à soir. C'est une bonne chose, car mononcle Robert, son mari, est un peu pompette... on ne lui voit plus les yeux et sa cravate est sur le chandelier d'argent. De plus, matante Rolande est peut-être enceinte de ma future cousine Julie... De toute façon, ils ne prennent pas l'auto. Ils vont coucher chez sa mère à trois maisons de là... ça se fait très bien, même à quatre pattes.

Assis au bout de la table, Bonhomme a l'air d'un banquier avec sa chemise blanche, sa veste noire boutonnée et sa montre de poche en or. Il assaisonne à grand coups de salière son bouillon déjà très très salé. S'il n'était pas déjà si vieux, j'aurais eu tendance à croire qu'il ne vivrait pas longtemps. Pour nous, le repas est un peu long. Une chance qu'il y a mononcle Louis pour conter des blagues, il m'écrase le nez en me disant... 

- «Savais-tu que tu avais le nez plate?» 

C'est peut-être pour ça que j'ai un gros nez aujourd'hui... 

Ma mère participe au service, ma grand-mère est inquiète de savoir si elle peut faire 20 tranches dans son pain étagé au fromage... 

- Mets tout ça sur la table, les gens vont se servir», suggère ma mère. 

Le repas se termine avec le clou de la soirée: un plum-pudding. Les grands ont l'air de trouver ça très bon. Moi je trouve que c'est mou et détrempé et ça empeste l'after-shave ou le rhum, ce qui pour moi a la même odeur. Je préfère un gros morceau de bûche de ma mère avec une boule de crème à glace.

(Suite à lire samedi)

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