Noël 1978

Un gâteau aux fruits...

Agrandir

Un gâteau aux fruits

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Récit de Martin Lemay (3 de 5)

Une histoire pour voyager dans le temps et pour se remémorer avec nostalgie et plaisir la fin des années 1970

***

24 décembre

J'aurai droit à un programme double de célébrations ce soir, car ma mère chante à la messe de minuit à 10 h. Mon frère est resté à la maison. Il a passé deux heures assis sur la bergère en bois à tenter de résoudre un cube Rubik trouvé dans son bas de Noël. Malgré une certaine opposition, je n'ai pas le choix de suivre. Il paraît que je suis trop jeune pour rester à la maison deux heures tout seul, surtout le soir de Noël quand je pense qu'il y avait Le Miracle de la 34e Rue à la télé... Je vais donc aller à la messe «pis c'é tout».

Je profite tout de même d'un moment de relaxation sur le divan jaune du salon. Je regarde le sapin en écoutant la musique à la radio. Nicole Martin chante Les enfants oubliés et je me demande ce qu'est un «pull-over de laine mité...». Ça n'a pas l'air chaud en tout cas. René Simard enchaîne avec Triste Noël... Déprimant au maximum. On pourrait croire que l'émission est une commandite de Prozac ou d'un autre antidépresseur à la mode.

À 9 h, mon père va reconduire ma mère et mon frère à l'église. Il a accepté de servir la messe une dernière fois avec son ami Paul St-Amant. J'en profite pour revisiter la boîte de Turtles. En prenant des chocolats dans l'étage d'en dessous, personne ne remarquera qu'il en manque beaucoup... Si je n'avais pas laissé traîner les papiers sur la table du salon tout aurait été parfait... pas fort mon affaire. À 9 h 30, il faut déjà repartir. Marc-André Tellier nous garde deux places. Ses parents chantent tous les deux dans la chorale. Si on tarde trop, il ne pourra pas conserver nos places et on va passer la messe debout... Il va y avoir du monde; en 1978 la fréquentation des lieux de culte est à son comble. On songe même à la construction d'une nouvelle église dans la paroisse voisine, car il paraît qu'en l'an 2000 il va y avoir tellement de monde dans les églises que les curés ne fourniront pas!

En arrivant, j'aperçois mon frère et Paul assis au fond de la sacristie. Tout de blanc vêtus, affublés d'une trop grosse boucle rouge au cou, ils sont déguisés en cadeaux. Marie Bérard, violoniste de concert, est devant l'autel avec son Stradivarius. Elle nous donne tout un récital. Ce n'est pas très «Jingle Bells», mais c'est très beau. Son père Jean-Paul est assis à l'orgue. Il est à son poste et repasse les partitions des cantiques de la messe dans sa tête.

9 h 59, les lumières s'éteignent. Il n'y a que la lueur de la lampe du lutrin de la chef de choeur qui est allumée. D'un hochement de tête, Mme Bérard fait signe à son Jean-Paul de commencer le Minuit, Chrétiens! Tout est parfait, même le «Noël... Noël... Voici... le eeeeee rédempteur!» est sur la coche. Pour le reste de la messe c'est pas mal comme tantôt Jésus est encore pogné pour naître dans la cabane en bois ajouré. Il a connu une dure soirée le p'tit Jésus, la petite fille qui le transportait au début de la messe s'est enfargée dans sa robe et l'a presque échappé... n'eût été de l'intervention du Saint Esprit et de Mme Hart, il se retrouvait à pleine face dans la sloche.

Au moment de se souhaiter la paix, une madame que je ne connais pas du tout en profite pour me donner un gros bec de rouge à lèvres en me pinçant les joues... déplaisant. Je me retiens pour ne pas grimacer de dégoût. Elle doit nous connaître, car elle en donne aussi un gros bec de matante à mon père en l'appelant Léon gros comme le bras. Les St-Amant sont tous là, par ordre de grandeur. Sylvio, le père, est le plus petit... mais c'est un grand journaliste du Nouvelliste selon mon père.

«Venez divin-in messi-ie...»... La messe finie l'abbé Richard Rivard nous souhaite un joyeux Noël et nous invite à rester pour un café ou un verre de Kool-aid. Mon père serre quelques mains, mais ne s'éternise pas, moi j'esquive quelques becs en me cachant aux buvettes, j'ai eu ma dose. Mon frère rigole avec Paul en enlevant son aube blanche... il a versé du vin au lieu de l'eau sur les doigts du curé! Les gens repartent le coeur léger fêter Noël en famille. Nous retournons enfin chez nous après un programme double de messe de Minuit!

(Suite à lire vendredi)

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer