Laïcité: certaines pendules doivent être remises à l'heure

Djemila Benhabib, défenderesse de la laïcité.... (La Presse)

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Djemila Benhabib, défenderesse de la laïcité.

La Presse

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Le Nouvelliste

En réaction à la lettre de Serge Gagnon intitulée «La laïcité des autocrates», publiée dans notre édition du 23 novembre dernier.

Le 22 novembre, Serge Gagnon avouait qu'il avait lu «distraitement» mes théories agressives et celles de mes admiratrices Djemila Benhabib et Andréa Richard. Il laisse ainsi supposer qu'elles sont deux moutonnes égarées qui me suivent.

Vingt ans avant de me connaître, madame Richard était déjà une femme célèbre ayant écrit plusieurs livres portant sur la religion. Ce monsieur définit, bien à tort, Andréa Richard comme: «une ancienne religieuse qui a eu une aventure sentimentale avec un évêque. Il y a eu rupture et madame Richard en est sortie blessée, révoltée et frustrée. (...)».

Il est complètement dans l'erreur, madame Richard a eu une aventure pendant de nombreuses années avec un évêque et il n'y a jamais eu de rupture. Tous deux se sont aimés d'un amour peu commun et cet homme, toujours évêque, est mort des suites d'un cancer dans les bras de la femme qu'il aimait. Voilà une véritable histoire d'amour où elle en est sortie épanouie, généreuse, belle et encore plus capable d'aimer. Avec toute sa spiritualité, madame Richard pourrait vous parler de son amour actuel et vous donner des recettes pour connaître le bonheur de s'aimer les uns les autres sur la terre comme au septième ciel.

Quant à madame Benhabib, elle est une femme accomplie, articulée, ouverte sur le monde et une habile communicatrice. Elle est récipiendaire de nombreux prix et je suis fier d'avoir pu apprendre de cette femme. Elle est à mille kilomètres d'être à ma remorque.

Je suis bien un prof titulaire, payé par vos taxes pour réfléchir, chercher, enseigner et avoir des opinions. Quant à mes propos - dits agressifs - qui visent à faire disparaître l'enseignement religieux des écoles, ceux-ci sont partagés par de nombreux chercheurs. Des propos similaires ont été entérinés par la Commission Proulx en 1999. Cette Commission a proposé que l'enseignement religieux soit remplacé par le cours Éthique et culture religieuse puisque l'école n'a plus à encourager l'endoctrinement. De sérieuses recherches montrent que plusieurs enseignants dérogent à cette volonté et, en cachette ou inconsciemment, encouragent l'appartenance à une religion et discréditent la non-croyance.

Le rapport Proulx a confirmé la pluralité de confessions religieuses au Québec, mais je crois que certaines ont été oubliées. Il ne faut surtout pas oublier le jeune athée qui se fait insulter par de bons chrétiens pleins d'amour qui tentent par tous les moyens de le convertir. En effet, perdure encore l'idée que le non-croyant est un méchant, sans valeur, pervers et égoïste. Bien des adultes de mon âge détestent les athées parce qu'enfants, il leur a été enseigné qu'il n'y avait qu'une seule religion sainte, bonne et apostolique.

Voici le message que je professe: 1) Les gens ont le droit de croire et de ne pas croire et ce droit doit être accepté et reconnu par tous et pour tous; 2) Des gens ont des croyances venant d'héritages culturels différents et d'expériences personnelles diverses. Cela leur appartient et fait partie du domaine privé; 3) L'école n'a pas à convertir des enfants qui sont, en quelque sorte, otages du système scolaire et 4) La famille et les lieux de culte ont le mandat d'éduquer les individus à la foi et à la non-foi.

Quel beau message je laisse aux croyants: «Il appartient aux familles et aux lieux de culte de faire l'enseignement religieux»... Que monsieur Gagnon, ses admirateurs et admiratrices prennent leurs responsabilités et aillent de maison en maison pour faire l'enseignement religieux. Si, comme dans plusieurs provinces du Canada, les écoles du Québec cessent l'enseignement de la culture religieuse et si, selon monsieur Gagnon, les jeunes ont besoin de connaître le fait religieux, il en résultera que les églises du Québec se rempliront à nouveau de jeunes avides d'une spiritualité. Quelle bonne nouvelle pour monsieur Gagnon qui ira convertir les trois autocrates païens que nous sommes. À défaut de pain et de vin, j'aurai du thé et des biscuits pour l'accueillir.

Ghyslain Parent

Professeur titulaire

Département des sciences de l'éducation

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