Lettre à un ami policier

Une intervention de la Sûreté du Québec à... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Une intervention de la Sûreté du Québec à Val-d'Or.

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Le Nouvelliste

L'auteur, Alexis Wawanoloath, est étudiant en droit à l'Université de Sherbrooke. Il a été conseiller au Conseil des Abénakis d'Odanak et a aussi été député d'Abitibi-Est à l'Assemblée nationale.

Je comprends bien qu'étant policier à la Sûreté du Québec, que tu défendes ta gang. Par contre, je suis prêt à mettre ma main au feu que sur 22 femmes qui ont dénoncé ces abus il n'y a pas 22 menteuses.

Pourquoi? Parce qu'en octobre 2011, j'ai entendu ces histoires d'horreur et quand j'ai contacté des journalistes pour que ces femmes témoignent elles ont décidé de se taire car elles avaient trop peur des conséquences, du harcèlement policier pour elles et leurs familles.

Pourquoi? Parce qu'en 1998, Jimmy Papatie a entendu un témoignage sur ces abus et il s'est fait simplement dire à l'époque que ça ne se pouvait pas par les autorités?

Pourquoi? Parce que dans les années 90, Michelle Audette a reçu de tels témoignages aussi. Nous serions des menteurs aussi, tous acteurs d'un complot politique remontant aux années 90? 

Pour revenir à cette fameuse accusation de manipulation politique pour du financement, je connais les intervenantes étant présentes lorsque ces témoignages ont sorti et je sais très bien que ce n'était pas une commande de qui que ce soit. 

Je sais que le Centre d'amitié autochtone et Édith Cloutier ont tout fait pour défendre ces femmes courageuses, et même contre les journalistes d'Enquête qui étaient parfois très insistantes. Je suis vraiment «pissed off» de cette accusation ridicule. 

Je suis sûr que toi personnellement tu n'es pas raciste, mais je suis sûr (et prêt à mettre ma main au feu) qu'il y a beaucoup de personnes racistes et de racisme systémique dans les institutions gouvernementales et particulièrement dans les corps policiers, pour l'avoir vécu personnellement et pour avoir entendu trop de témoignages pour que ce soit tous des menteurs et des menteuses.

Je trouve ça décevant de voir que vous, les policiers, et votre syndicat défendiez des pourris au lieu de vouloir faire le ménage de ceux qui vous donnent mauvaise presse, car je suis bien conscient que vous n'avez pas le travail le plus facile. Mais comment voulez-vous qu'on vous fasse confiance dans de telles circonstances?

L'initiative du poste de police communautaire au centre-ville est selon moi intéressante et innovante, mais ça ne réglera pas la source du problème. 

Je sais que les racines du mal sont plus profondes, comme le disait mon oncle Richard Kistabish. C'était présent dès la création de la fédération canadienne avec John A. Macdonald (le gars sur les 10 $), qui était un raciste notoire qui a déjà dit à propos de l'exécution de Cris des plaines s'étant révoltés: «L'exécution des Indiens [...] doit convaincre l'homme rouge que c'est l'homme blanc qui gouverne.» 

Pas besoin de remonter si loin dans l'histoire (d'horreur pour les premiers peuples) du Canada ou du Québec; nous avons eu à subir le génocide culturel (et génocide tout court pour bien des nations comme la mienne, les Abénakis), par la dépossession de nos terres (pour faire des barrages, des mines, des coupes de bois, etc.), les pensionnats, l'exclusion sociale et j'en passe.

Donc, ce n'est pas juste une crise policière qui est en cause ici, c'est bien plus profond et pour régler ça, nous devons prendre des mesures concrètes.

Il doit y avoir un examen de conscience, non seulement des institutions, mais aussi des individus. 

Sur ce je te salue et j'espère que tu auras la force de faire cet examen de conscience. 

À mes soeurs Anishnabekwek, je vous crois!

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