Une saison dans la vie de Trois-Rivières

À Trois-Rivières, il y aurait «une saison forte... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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À Trois-Rivières, il y aurait «une saison forte pour ceux qui visitent la ville, et trois saisons mortes pour ceux et celles qui l'habitent», selon l'auteur de cette lettre.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

Trois ans dans l'ombre au conseil de ville à laisser chanter le coq haut et fort, et là on se rebelle dans la basse-cour. Il fut une époque où ça se rebellait presque tous les lundis au conseil de ville, et maintenant qu'une seule voix fait écho, on veut l'empêcher de jouer au Monopoly!

Plantation de condos le long du Saint-Maurice, escalier monumental pour passer go, l'asphalte neuve qui dégouline; l'amphithéâtre bien ancré sur Boardwalk, ce fameux terrain bleu qui coûte si cher et rapporte si peu; Tanguay et Mercedes qui se déroulent le long de la 55, la Place Belvédère qui va finir par bouffer la côte Plouffe, ah, et le train qu'il faut payer plus d'une fois! On n'arrête pas le progrès, même si progrès n'est pas nécessairement signe d'évolution.

On a donné une nouvelle vocation à cette ville depuis des lunes. Ça a commencé lorsque les barbelés ont été grimpés en permanence le long du boulevard du Carmel. Dorénavant cette ville n'aurait plus qu'une saison, la saison touristique.

On a maquillé progressivement son enveloppe pour maximiser sa visibilité, au détriment de ses organes. Le centre-ville a été converti en tube digestif: on y gonfle le côlon et liquéfie le cerveau du mois de mai à septembre. Il est devenu une réserve faunique prisée par des hillbillies (toute population ou tout citoyen fortement inculte et grossièrement attaché à ses pénates. Les Français appellent ça des péquenauds).

Trois-Rivières est devenue festive. Mais le festif ne fait que divertir. C'est le créatif qui enrichit, l'homo sapiens a besoin d'inventer la réalité, pas de la copier.

Une saison forte pour ceux qui visitent la ville, trois saisons mortes pour ceux et celles qui l'habitent! Et on a décidé d'optimiser cette unique saison en faisant dans le plus grand que nature. Il fallait voir haut, large, grand, long, épais.

Ça prenait la huitième merveille du monde visible d'outre-mer, un fantasme aussi impressionnant que les coûts qu'il engendrerait! Un vaisseau Star Trek gelé sur son tarmac de pavé uni, d'asphalte et de pelouse, la sainte trinité du développement sauvage. Un ogre vorace à nourrir ad nauseam.

Et pendant qu'on s'affaire à préparer la saison Disney, on n'a jamais pensé que cette ville à partir de septembre, est une ville universitaire. On n'a jamais pensé à attirer les universitaires au coeur de la ville. 

Les travailleurs, la plupart saisonniers, disparaissent ou chôment pendant les saisons mortes. On tourne The Walking Dead sur la rue des Forges à chaque hiver avec des nouveaux commerces qui finissent en zombies. Et pendant ce temps l'ogre a toujours faim.

Non seulement se gave-t-il de subventions et de taxes, mais encore faut-il qu'il grappille nos services. On fait des courtepointes d'asphalte avec nos rues, on réduit des services, mine la sécurité des piétons en hiver; les horodateurs font de l'embonpoint, les contraventions pullulent!

La nature commence à nous rappeler qu'il n'y a qu'elle qui soit plus grande que nature et qu'il faudrait se tenir à hauteur d'homme. À contre-courant, comme beaucoup de nos villes, Trois-Rivières fait figure de proue dans l'étalement urbain et multiplie les îlots de chaleur. C'est désarmant, mais le Québec semble bien content que ses villes soient sous la tutelle de péquenauds qui ne pensent qu'à réaliser leurs fantasmes.

Je ne veux pas changer de ville, je veux que ma ville change. Je veux qu'elle fasse moins dans le bling bling et le glamour, et beaucoup plus dans la profondeur. Je veux qu'elle s'épanche sur ses petits, comme la petite serveuse qui travaille au centre-ville et doit payer 90 $ par mois pour y garer sa voiture.

Je veux que ma ville cesse de confondre la culture avec l'industrie du divertissement. Je veux qu'elle ne soit plus la ville d'une seule saison. Je veux qu'elle oeuvre pour ceux qui l'habitent plus que pour ceux qui la visitent. Je veux que ma ville se pipolise un peu moins et s'articule un peu plus. Pour ça, ça prend un putsch!

Je chiale, je fais partie des intellos rejetés à qui l'on a coupé la parole le lundi 10 juin 2010, ce fameux lundi où la liberté d'expression en a pris pour son rhume au conseil municipal. Ce fameux lundi de la baffe où plusieurs citoyens se sont vus interdire l'accès à une salle bondée de péquenauds qui avaient décidé que la vérité passait par une seule voix. On nous a enlevé la parole, mais pas la plume. Nous pouvons encore écrire, enfin jusqu'à nouvel ordre.

Christian Gagnon

Trois-Rivières

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