La belle d'à côté s'habille chez Versace

Notre ville a beau être la plus belle... (Stéphane Lessard)

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Notre ville a beau être la plus belle du monde, avoir les plus chers et les plus beaux monuments du monde, ça ne donnera pas de quoi améliorer la qualité de vie de ses citoyens, selon l'auteure de ce texte d'opinion.

Stéphane Lessard

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Le Nouvelliste

Trois-Rivières a de grands projets. Trois-Rivières se paye un amphithéâtre, un colisée, un district commercial, pour ne nommer que ceux-là. Un amphithéâtre arborant de grosses lettres noires en bois d'épinette de Norvège conçues en Autriche payées 200 000 $ avec en prime une fontaine déguisée en jeux d'eau à 1,8 million de dollars et du pavé uni aussi. Un colisée non pas à 2000, ni à 3000, mais à 5000 sièges, qui prendra place au fameux District 55, là même où se trouvent l'immense concessionnaire Mercedes-Benz et le gigantesque Ameublement Tanguay.

Trois-Rivières, c'est comme la belle femme qu'on voit marcher sur la rue. Celle qui est vêtue d'un manteau Versace assorti de bottes de suède Christian Louboutin (oui celles avec la semelle rouge), d'un sac à main Louis Vuitton et d'une paire de lunettes Chanel déposée sur des cheveux fraichement coiffés au salon de coiffure le plus cher de la région. Cette femme qui retourne dans sa grande maison garage double au volant de sa Porsche Cayenne. Cette femme-là qu'on croise et qu'on se dit: «Wow! Cette femme a réussi dans la vie!».

Mais si on regarde de plus près, cette femme a un salaire annuel qui dépasse de peu le salaire moyen. Dans sa grosse maison, il n'y a pas de meubles et pas de bouffe dans le frigo. Ses enfants mangent du macaroni au fromage orange tous les soirs et dorment sur de vieux matelas. Elle a cinq cartes de crédit dont les paiements minimums ne cessent d'augmenter. Elle songe maintenant à avoir un deuxième emploi pour poursuivre son gros train de vie.

Trois-Rivières, c'est cette femme aux lunettes Chanel qui ne met pas ses priorités à la bonne place. Notre ville nous fait bien paraître. «C'est beau!», a dit le maire. Mais encore? Que reste-t-il pour les citoyens? Un bol de macaroni au fromage orange et cinq cartes de crédit dont la limite est atteinte. J'exagère peut-être, mais tout ça pour dire que nous pouvons faire mieux.

Oui, Trois-Rivières a été négligée par le passé. Oui, Trois-Rivières devient enfin quelqu'un. Mais Trois-Rivières veut tellement être sur la «map», qu'elle en oublie l'essentiel et se ferme les yeux sur les dépenses farfelues de notre maire. C'est certain que si on nous demande: «Le voulez-vous?», la réponse sera sûrement oui. Demandez à quelqu'un s'il veut une Ferrari et la réponse sera oui.

Dans son récent ouvrage, le chroniqueur affaires et économie Pierre-Yves McSween nous invite à se poser la question suivante «En as-tu vraiment besoin?». C'est cette question que devrait se poser Trois-Rivières. C'est cette question que devraient se poser tous les conseillers et les conseillères qui auront à se prononcer sur la question le 5 décembre prochain. A-t-on vraiment besoin d'un aménagement à 1,8 million $ devant l'amphithéâtre?

D'ailleurs, tout ce «vert» prendra combien de traitements aux pesticides par été et combien d'eau sera utilisée pour qu'il reste vert? Ce n'est pas parce que le mot vert est dans une phrase que c'est forcément bon.

Bref, tout ça pour dire que notre ville a beau être la plus belle du monde, avoir les plus chers et les plus beaux monuments du monde, ça ne donnera pas de quoi améliorer la qualité de vie de ses citoyens. Ce n'est pas une fontaine-jeux-d'eau ni des lettres gigantesques qui feront diminuer la pression financière sur les jeunes familles et les travailleurs moyens. La réalité, c'est que Trois-Rivières est toujours au sommet des villes canadiennes les plus polluées, qu'elle a un taux de chômage qui tourne encore autour de 7 %, et que nous sommes au 3e rang des villes les plus taxées du Québec. Et que fait notre maire pour ça ? (Chant de criquets.) Mais consolons-nous, car au moins, on a un amphithéâtre.

Valérie Renaud-Martin

Trois-Rivières

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