Trump et nos assiettes

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Avec un nouvel ami à la Maison-Blanche, les chaînes de restauration seront ravies. Et si vous êtes un amateur de restauration rapide, comme semble l'être souvent le président élu lui-même, l'élection de Trump est un cadeau du ciel.

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Le Nouvelliste

L'auteur, Sylvain Charlebois, est doyen de la Faculté en management et professeur titulaire en Distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie. 

Il y a certains dossiers que Donald Trump tient mordicus à traiter durant les quatre prochaines années. L'immigration, la sécurité nationale, et bien sûr, les infrastructures.

Par contre, il y a aussi un grand nombre de thèmes dont Trump se fout éperdument. L'agriculture et l'alimentation comptent parmi ceux-là. Outre le fait d'avoir vu Trump dévorer un hamburger ou un taco sous une caméra, il laissera sûrement le Congrès décider du sort des producteurs et de tout le secteur agroalimentaire. Cela étant dit, il est fort probable que l'administration Trump-Pence influera davantage sur nos assiettes. 

D'abord, le cours des denrées agricoles est peut-être sur le point de vivre un autre «supercycle», et ce, pour diverses raisons. Avec les investissements prévus en infrastructure un peu partout à travers le monde, les investisseurs renoueront vraisemblablement avec le marché des matières premières.

Trump anticipe investir plus d'un milliard de dollars en infrastructure, et les dépenses risquent d'augmenter chez nous, en Europe et même en Asie.

Une surenchère des matières premières est une éventualité réelle, qui pousserait plusieurs investisseurs à chercher d'autres valeurs sûres: les denrées agroalimentaires comme le blé, l'orge, le canola, le soya et surtout, le maïs. Comme ce fut le cas en 2007 et 2008, le coût de plusieurs intrants pourrait augmenter et ainsi hausser le prix de plusieurs produits alimentaires au détail à moyen terme. 

De plus, l'administration Trump-Pence sera l'auteur du prochain Farm Bill américain. Avec son slogan Make America Great Again, il y a gros à parier que le prochain méga Farm Bill américain, dont le budget excédera le milliard de dollars, inclura une panoplie de programmes pour aider les agriculteurs américains.

Il est aussi possible qu'une partie plus importante du budget sera consacrée à l'agriculture, et non aux programmes d'aide à l'alimentation, mieux connus sous le label Food Stamps. Comme sous l'ère Bush, une flambée des prix de plusieurs denrées est un scénario envisageable pour les prochaines années, poussant à la hausse les prix des produits alimentaires, des deux côtés de la frontière. 

Bien sûr, monsieur Trump a le dossier de l'immigration à coeur. Par le fait même, l'agriculture américaine pourrait être lourdement pénalisée si jamais Washington décidait d'expulser les travailleurs illégaux qui résident aux États-Unis.

Même si quelque 70 000 travailleurs besognent légalement dans le domaine agricole, plus de 2 millions sont illégaux et triment dur dans les champs des producteurs américains. Deux millions. Une expatriation excessive et rapide empêcherait l'agriculture américaine de performer à un niveau optimal. Ainsi, encore une fois, il est difficile de voir comment tout cela pourrait aider les consommateurs moins nantis à très court terme.

Et pour compliquer le tout, la devise canadienne n'aidera pas la cause des consommateurs canadiens. Avec la Réserve Fédérale qui augmentera son taux directeur dans les prochains mois, le dollar canadien diminuera sûrement en valeur, malgré l'augmentation probable du baril de pétrole. Le pouvoir d'achat de notre importateur écopera et nous importons beaucoup de produits alimentaires. 

Pour les amateurs de la restauration rapide, les nouvelles sont très différentes. En 2016, c'est la première fois qu'un ménage américain moyen dépense plus au restaurant qu'à l'épicerie pour se nourrir. Incroyable comme statistique!

Et tout porte à croire que cette tendance s'accentuera avec Trump au pouvoir. En effet, monsieur Trump a mentionné plus d'une fois qu'il déteste la réglementation. Ainsi le fardeau réglementaire en restauration diminuera sous son règne.

Salubrité, inspection, salaire minimum à 15 dollars, bref, un changement de ton s'annonce à Washington, même si quelques États ne partagent pas la vision de Washington et pourraient aller de l'avant en adoptant des règlements plus contraignants. Avec un nouvel ami à la Maison-Blanche, les chaînes de restauration seront ravies. 

Alors, si vous êtes un amateur de restauration rapide, l'élection de Trump est un cadeau du ciel. Pour tous les autres, attachez vos tuques. Les décisions de Washington affecteront sûrement vos assiettes au cours des prochaines années.

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