Pas d'acharnement thérapeutique

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Est-ce que la carie dentaire est devenue un si grand fléau, pour qu'on s'acharne autant sur une population qui refuse la fluoration de son eau?

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Le Nouvelliste

En réponse à la lettre du dentiste Christian Fortin intitulée «La fluoration: faits vs émotions», publiée dans notre édition du 11 novembre dernier.

Avons-nous manqué un bout de l'histoire? Est-ce que, réellement, la carie dentaire est devenue un si grand fléau, ravageant des générations entières, surpassant même le cancer, pour qu'on s'acharne autant sur une population qui refuse la fluoration de son eau?

Des tas de personnes refusent la prise de médicaments, ou même refusent la chimiothérapie. Va-t-on les harceler jusque dans leur salon en leur faisant avaler leurs pilules de force? Pourtant, c'est ce que ce dentiste Fortin essaie de faire quand il débarque tout droit de son coin de pays pour nous chauffer les oreilles dans nos journaux.

Premièrement, peut-on savoir pourquoi un dentiste de Lévis prend de son précieux temps pour venir nous faire la morale chez nous, à Trois-Rivières? Ce contexte est si farfelu qu'il est légitime de se demander par qui ce dentiste a été mandaté pour envoyer une telle lettre d'opinion dans le journal d'une ville où il ne réside même pas.

Dans tout le Québec, seulement cinq villes ont encore recours à la fluoration de l'eau pour prévenir la carie dentaire. Va-t-il ensuite s'acharner sur les centaines de villes dont l'eau potable n'est pas fluorée?

Deuxièmement, le dentiste Fortin affirme que «nombre de personnes refusent agressivement les faits qui ne correspondent pas à leur vision et pourfendent de façon démagogique les sources qui les produisent plutôt que de revoir la valeur de leur position à la lumière d'informations neutres».

C'est tout de même ironique qu'il puisse écrire une telle chose puisque c'est précisément ce que ce dentiste est en train de faire.

En écrivant son article, en balayant du revers de la main toute nouvelle recherche démontrant que la fluoration de l'eau est une mesure obsolète qui a des effets nocifs pour la santé et l'environnement, en ramenant les études qui datent de 1950 comme des sources fiables pour appuyer ses dires, en attaquant les citoyens qui s'informent, qui refusent de boire une eau fluorée parce que c'est leur droit, le Dr Fortin refuse les faits et les avancées de la science et se braque contre tous ceux qui osent remettre en question sa position. 

Il semble pourtant oublier que l'évolution fait partie de la science. Un jour, on a cru que la Terre était plate et que le soleil tournait autour d'elle. On a aussi pensé que la cigarette était bonne pour les problèmes respiratoires, et les médecins recommandaient même certaines marques dans des publicités.

Il y a 50 ans, personne ne s'attachait dans les voitures et les sièges d'appoint pour les enfants n'existaient pas. Autrefois, les dentistes arrachaient les dents pour un tout ou pour un rien, leur valant même le titre peu glorieux «d'arracheurs de dents».

Heureusement que notre traditionnelle société pour laquelle le dentiste Fortin semble éprouver tant de nostalgie a évolué! Oui, l'information est plus accessible qu'avant et il est certain que les techniques de propagande utilisées jadis sont beaucoup moins faciles à appliquer que lorsque seuls la radio et deux ou trois postes de télévision contrôlaient l'information. Et ça n'a rien à voir avec Donald Trump. C'est juste qu'on est en 2016.

Finalement, nous aimerions rappeler au Dr Fortin que selon son code de déontologie, avant d'entreprendre tout traitement, le dentiste doit informer son patient ou une personne légalement responsable de ce dernier de l'ampleur et des modalités du traitement que son état justifie, du coût de celui-ci et obtenir son accord.

Il en est autant pour un médecin, qui doit d'abord évaluer son patient pour pouvoir analyser et faire des recommandations pour améliorer son état de santé. Il doit aussi obtenir le consentement éclairé de ses patients avant de lui administrer tout traitement.

Or, aux dernières nouvelles, ni le dentiste Fortin, ni le directeur de la santé publique n'a jamais évalué quelque citoyen que ce soit à Trois-Rivières et pire encore, ils ont fait fi d'une condition jugée nécessaire à l'instauration de la fluoration de l'eau dans une ville, soit l'acceptabilité sociale.

Valérie Renaud-Martin

Trois-Rivières

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