«Mec Donald» à la Maison-Blanche

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Le Nouvelliste

Après le fast food, le fast mood. Ou l'art de changer son humeur à la vitesse de l'éclair.

Donald Trump se présentait hier encore comme un loup dans la bergerie, le voilà maintenant au lendemain de sa victoire comme une brebis au milieu des loups. Peut-être que des religieux de son entourage ont voulu lui rappeler la sagesse des Saintes Écritures: «Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes» (Matthieu, 10:16). 

On se souviendra d'un slogan de campagne: Finally someone with balls! Lui faudra-t-il sous peu jongler avec elles? La question reste pendante. L'avantage d'une époque soumise au n'importe quoi, c'est qu'à la présidence du pays le plus puissant du monde, on peut élire n'importe qui.

Dans L'Empire de l'illusion, l'ancien correspondant de guerre Chris Hedges écrit: «La culture de la célébrité crée un vide moral.» Les convictions relèvent alors d'un exercice passager de trash communication.

Certaines promesses s'évanouissent avant même les cent premiers jours de la présidence. Interdire «totalement et complètement» l'arrivée au pays de musulmans, voilà un impératif que l'on ne retrouve plus sur le site web du vainqueur.

Était-ce juste pour attirer le chaland, et faire bondir le vote durant quelques heures décisives? Nous en sommes réduits à l'espérer puisqu'une telle promesse était non seulement explosive, mais surtout odieuse. 

Le Nieman's Lab, souligne Stéphane Baillargeon, rapporte que 229 quotidiens et 131 hebdos américains ont appuyé Hillary Clinton contre 13 publications au profit de Donald Trump. Mais, ajoute le chroniqueur, selon les derniers sondages du Poynter Institute, à peine 18 % des Américains font encore confiance aux médias traditionnels.

Les réseaux sociaux s'emballent, les médias perdent la course. On met en ligne des vidéos truffées de mensonges, les faits s'enfoncent dans le marécage de la désinformation.

Se confondent les engagés avec les enragés. Plus une histoire est folle, plus elle sera partagée. On se débarrasse du filtre de la raison. On ne s'embarrasse de rien d'autre que du success-story. Dans un tel monde, le calme d'un Obama fait contraste. Mais pour les besoins du jour, on l'imitera. 

Reçu à la Maison-Blanche, Donald Trump transforme le mononcle exécrable de la présidentielle en charmant grand-père de la nation. Ce n'est plus la télévision de jadis: Qui dit vrai? C'est la vidéo d'aujourd'hui: Qui dit faux? La pensée magique tient lieu de raisonnement. L'argumentation se limite à des coups de gueule ou des sourires factices. Des émoticônes comme seules expressions du jugement. 

Les écoles n'échappent pas au sortilège. À force de répéter que l'apprentissage doit être rendu facile, on sombre dans toutes les facilités. Les livres sérieux deviennent non seulement inaccessibles, mais intolérables. Pourquoi défricher un essai de deux cents pages quand trois lignes et une vidéo feront la satisfaction de tous? Ne faut-il pas être de son temps?

Comme si l'école n'était pas d'abord et avant tout une culture de l'exigence où les réflexes doivent faire place à la réflexion. Mais que faire d'une culture exigeante quand la culture de masse l'est si peu? Quand la culture de masse s'installe à l'école comme elle règne dans les salons? Il faudrait écouter les professeurs qui sonnent l'alarme et s'assurer que les directions épousent les mêmes valeurs.

Y a-t-il de l'espoir? Bien sûr que oui. Mais il faudra l'alimenter avec autre chose que du fast food intellectuel et moral. Il faudra prendre le temps de bien se nourrir. De varier son menu. Ainsi Mec Donald sera - vraiment - plus ouvert.

Christian Bouchard

Professeur à la retraite

Collège Laflèche

Trois-Rivières

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