Abus financier dans les résidences privées pour aînés

Une personne âgée vivant dans une résidence avec... (La Presse)

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Une personne âgée vivant dans une résidence avec services devrait-elle recevoir un crédit pour les repas et les services qu'elle n'utilise pas lorsque, par exemple, elle est hospitalisée pour quelques semaines?

La Presse

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Le Nouvelliste

L'argent mène le monde, tout le monde le sait.

Disons que je vous offre un forfait à 500 $ comprenant un massage, une nuit d'hébergement et deux repas. Disons que pendant votre séjour, vous vous blessez et êtes dans l'impossibilité de profiter de votre massage mais je vous ai hébergé et fourni deux repas et je vous réclame quand même les 500 $. Vous seriez certainement outré et vous refuseriez, avec raison, de payer pour le massage.

C'est exactement ce genre d'abus financier qui se produit fréquemment dans les résidences privées pour personnes âgées. À titre d'exemple, ma défunte mère habitait dans une de ces résidences de Trois-Rivières mais elle a été malheureusement hospitalisée pendant cinq semaines au début de son bail et plusieurs autres fois par la suite.

La famille a demandé à ce que les coûts des repas, soins et services lui soient remboursés puisqu'elle n'était pas là pour les recevoir. La réponse de la directrice fut: «C'est un forfait et c'est le prix à payer. Il n'y a rien à faire.»

La famille a donc communiqué avec le responsable, qui a pris des semaines à nous retourner nos appels, et sa réponse fut la même. Aucun moyen de négocier une entente.

Pendant le séjour de ma mère, elle a été à plusieurs reprises hospitalisée pendant de longues périodes ainsi que d'autres résidents qui vivaient la même situation. Pendant que nos personnes âgées sont couchées dans un lit d'hôpital, les dirigeants des résidences privées s'en mettent plein les poches. Pas de remboursement. J'imagine que ceci leur occasionnerait trop de travail.

Pourtant avec un peu d'organisation, un remboursement justifié est réalisable mais les dirigeants ne veulent pas perdre un sou et agissent au détriment financier des personnes âgées. Je qualifie cette «pratique» de malversation. Le bien-être de nos personnes âgées semble être le moindre de leurs soucis.

Au 1er juillet 2016, pour le renouvellement du bail à ma mère, j'étais avec elle et la directrice. Ma mère a mentionné qu'une augmentation de 20 $ pour le loyer ainsi que des frais supplémentaires de 40 $ pour une infirmière qui ne travaille pas les fins de semaine et qui est souvent difficile à rejoindre en cas de besoin, étaient exagérés.

Un total de 60 $ par mois d'augmentation, ça nous dresse les cheveux sur la tête. À 2553 $ par mois, ça fait cher à payer. La réponse de la directrice fut: «Si vous n'êtes pas satisfaite, vous pouvez toujours déménager.» Devant tant de froideur, j'ai réalisé que les dirigeants de cette résidence privée sont là pour leur bien-être financier et non pour le bien-être des résidents.

Heureusement, ce ne sont pas toutes les résidences qui abusent ainsi de nos gens. Les préposées de cette résidence sont dévouées et ont une charge de travail énorme. Je n'ai rien à leur reprocher. Toutefois, ça crève les yeux que nos personnes âgées qui sont déjà vulnérables et n'osent se plaindre sont abusées financièrement.

J'ai alerté mon député libéral ainsi que le ministre de la Santé afin de dénoncer cette façon honteuse d'extorquer l'argent des portefeuilles de nos aînés. Plusieurs organismes, dont la FADOQ et la ministre de la Famille et des Aînés, m'ont tous référé à la Régie du logement.

À la Régie du logement, vous devez prendre un avocat pour réclamer votre droit au remboursement mais on vous laisse entendre que c'est une cause perdue puisqu'il n'y a aucune clause pour ce genre de situation qui pourrait protéger nos aînés.

J'ai discuté avec plusieurs préposés de différentes résidences et leurs histoires sont terrifiantes. Plusieurs d'entre eux quittent leur emploi car ils sont dégoûtés de la manière dont nos personnes âgées sont traitées et ils n'osent porter plainte car ils ont peur de ne pouvoir retrouver du travail.

Je demande votre aide, lecteurs et lectrices, afin qu'une loi soit votée et que la Régie du logement ajoute une clause stipulant que «lorsqu'un résident est hospitalisé, les dirigeants doivent rembourser les coûts des repas, soins et services».

Il faut s'attendre à ce que les dirigeants crient et refusent la responsabilité de faire un simple calcul. Pourtant lorsqu'on héberge une cinquantaine de personnes, ce ne peut être si compliqué. Les dirigeants devraient avoir une base en comptabilité afin de rembourser nos personnes âgées équitablement. Il faut absolument que cet abus financier cesse rapidement. Il devient urgent de faire pression auprès de nos députés et ministres afin qu'une loi soit adoptée en ce sens. 

Anne-Sylvie Duquette

Saint-Boniface

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