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Programme Objectif emploi: quand écraser des personnes vulnérables rend fier

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L'auteur, Pierre Blanchet, est coordonnateur du Mouvement d'action solidaire des sans-emploi (MASSE) des Chenaux.

Honte. Injustice. Non-respect des droits humains. Tels sont les sentiments et impressions qui me viennent spontanément en pensant à l'adoption, jeudi dernier, du projet de loi 70 par l'Assemblée nationale à Québec.

Honte. C'est honteux que le gouvernement du Québec ait adopté, avec fierté, ce projet de loi et écrase de cette façon les personnes vulnérables. Les personnes à l'aide sociale ont des revenus tellement bas, qu'il leur est souvent difficile de manger trois repas par jour. Alors, de les couper jusqu'à 224 $ et de les laisser avec seulement 399 $ par mois, c'est carrément honteux de faire ça à ses concitoyens.

Injustice. Ce programme est également injuste. Nous pouvons nous interroger sur la logique du gouvernement dans la façon d'appliquer le programme. La réduction maximale prévue par le gouvernement, si une personne refuse ou a des difficultés de participation, est l'équivalent de 31 % de son revenu disponible, si on inclut les crédits d'impôt pour solidarité et celui de la TPS.

C'est comme si on disait à un salarié qui a un revenu de 50 000 $ par an de remettre 15 400 $ pour un manquement qu'il aurait eu au travail. Tout le monde dirait que ce serait inacceptable. 

Si c'est inacceptable pour une personne qui a des revenus suffisants pour combler ses besoins essentiels, pourquoi serait-ce acceptable pour des personnes déjà bien en dessous du seuil de la pauvreté?

Non-respect des droits. Le droit d'avoir un niveau de vie décent est pourtant clairement inscrit dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. 

L'article 45 stipule en effet que: «toute personne dans le besoin a droit, pour elle et sa famille, à des mesures d'assistance financière et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie décent.»

Il est possible que le gouvernement interprète cet article de la Charte et estime que la loi peut prévoir de mettre des gens dans des situations de dénuement total ou presque.

Cependant, il est clair que cet article de loi engage le gouvernement, qu'il le veuille ou non, à ce qu'il s'assure que chaque personne ait des revenus qui lui permette de combler ses besoins de base.

À moins qu'il croit qu'«un niveau de vie décent» signifie pour les gens à l'aide sociale quelque chose de différent que pour la personne qui gagne 50 000 $ par an. 

On peut en conclure qu'en adoptant le programme Objectif emploi, qui prévoit laisser des gens avec un revenu insuffisant pour payer même seulement leur loyer, le gouvernement ne respecte pas les droits humains qu'il a lui-même reconnus et qu'il se doit d'honorer.

Actions à prévoir. J'invite les citoyens et organisations à continuer à dénoncer ce programme et à exiger que la participation à celui-ci ne soit plus obligatoire et à ce qu'il n'y ait plus de coupes qui soient faites au montant d'aide sociale de ceux qui refuseraient d'y participer ou qui rencontreraient des difficultés au travers leur parcours. 

L'organisme pour lequel je travaille continuera lui aussi à être vigilant face aux actions du gouvernement pour que les droits des personnes sans emploi ne soient pas davantage brimés.

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