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Le Nouvelliste

Depuis quelques années, on nous annonce que l'Occident dit «néo-libéral» est politiquement, et moralement, pornographique, idolâtre et très allergique à toute transcendance.

Est-ce à dire que la flamme de l'esprit des Lumières telle que cultivée par les Auguste Comte de ce monde nous ait aveuglés plutôt que le contraire? Manifestement, l'instruction actuelle semble aggraver la crise de notre temps. Du moins, elle entretient la confusion et reste incapable de nous délivrer de la barbarie. Prisonnière de ses a priori, elle développe même une nouvelle forme d'obscurantisme, un obscurantisme moderne, nihiliste, dont le moteur est de nature émotionnelle, primaire, hystérique.

N'est-il pas significatif que de nombreux auteurs à la mode affirment que l'homme ne représente qu'un vulgaire produit de l'évolution au même titre que l'animal, la plante ou la pierre. Ainsi de savants idéologues déclarent que toute existence n'est que le produit d'un amas de molécules chimiques accidentellement coalisées et destinées un jour ou l'autre à se désagréger. Rien d'étonnant alors à ce que les chantres du néant, les «professeurs de désespoir» dont parle Nancy Huston se retrouvent dans toutes les sphères d'activités sociales et politiques.

Qu'on le veuille ou non, les grands penseurs de notre époque sont à bout de souffle. Le lecteur n'a qu'à observer ce qui se passe dans le monde pour constater que, depuis la mort de Dieu proclamée par des esprits prétendument éclairés, personne n'a encore rencontré le «surhomme» de Nietzsche, fondateur d'un nouvel ordre des valeurs, ou le travailleur pleinement désaliéné de Marx, idéologue en chef de l'homme total. 

De sorte que l'odeur de notre monde s'avère de plus en plus nauséabonde. Qu'il s'agisse de la France ou du Québec, la faille est profonde, car elle n'est pas militaire, policière ou judiciaire, mais intellectuelle et morale. Comme le signale le philosophe rationaliste Michel Onfray dans son Penser l'islam (Paris, Grasset, 2016), que je cite volontiers puisqu'il exprime à sa manière ce que des observateurs québécois constatent:

- l'argent roi, la perte de tous les repères éthiques et moraux, l'impunité des puissants,

- l'impuissance des politiciens, le sexe dépourvu de sens, l'analphabétisme de masse,

- l'illettrisme de ceux qui nous gouvernent, la disparition des communautés familiales,

- (...), la superficialité devenue règle générale, la passion pour les jeux du cirque (et de l'électronique), la déréalisation et le triomphe de la dénégation, le règne du sarcasme,

- le chacun pour soi.

Alors quoi? Sommes-nous condamnés à adapter  notre comportement à celui de la majorité et à jouer notre existence comme on joue une pièce de théâtre? 

Un jeu, voilà, diront des spécialistes de la «science des moeurs», la sagesse de la vie, une illusion victorieuse de toutes les illusions! Comme si nous étions enfin entrés dans l'âge «post-moral», débarrassés des considérations religieuses et métaphysiques, là où l'on peut s'adonner «librement» à nos fantaisies puisque la «volonté générale», selon nos maîtres penseurs, «est toujours droite» et qu'elle «n'erre jamais»! 

Mais n'y a-t-il pas là les germes d'une pensée horizontale, ordinaire, fermée sur elle-même, une pensée qui, après avoir prévu des lendemains qui chantent, prépare avec vigueur des lendemains qui pleurent?

André Désilets

Trois-Rivières

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