L'examen de conscience sera nécessaire chez les démocrates

Bernie Sanders... (photo Kristina Barker, associated press)

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Bernie Sanders

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Le Nouvelliste

Bernie Sanders avait raison de dire que le système politique et économique américain (tout comme de nombreux autres systèmes politiques et économiques de par le monde, d'ailleurs, celui du Canada n'étant pas en reste) est gangrené de l'intérieur par l'intérêt financier des personnes (réelles ou morales) parmi les plus riches et les plus puissantes, cela à l'encontre du bien-être et des droits de la population.

Partout dans le monde, la colère des peuples gronde à l'endroit des élites politiques et économiques pour cette raison.

Les répercussions de cette impuissance et de cette colère se sont fait cruellement sentir mardi dernier aux États-Unis.

Et c'est malheureusement l'autoritarisme, la misogynie et le racisme qui en auront profité, cela d'abord et avant tout parce que le Parti démocrate a tout fait pour qu'Hillary Clinton remporte l'investiture, et pour mettre Bernie Sanders sur la touche, lui qui représentait une menace pour l'élite démocrate.

Bernie Sanders aurait-il gagné contre Donald Trump? Bien malin celui qui pourrait le dire. Une chose est sûre, cependant. Si Sanders avait remporté l'investiture démocrate, la population américaine aurait eu le choix - pour la présidentielle - de candidats qui, bien qu'ils aient suggéré des solutions diamétralement opposées, ont tous deux mis le doigt sur le même problème, et fait de la critique de la corruption et des défauts du système politique et économique américain actuel leur combat principal.

Cela n'aurait donc pas été une variable favorable à l'élection de Trump, ni une variable défavorable à l'élection de Clinton, comme ce fut clairement le cas mardi.

Demeure la question de la justification des positions et des valeurs défendues, ainsi que des solutions proposées: autoritarisme, fermeture, misogynie, racisme du côté de Trump, progressisme, ouverture, égalitarisme et respect des gens et de l'environnement du côté de Sanders. Il me plaît à imaginer que the people of the land of the free aurait choisi, devant un duel Trump-Sanders, le bon côté de la force.

En tous les cas, c'est aujourd'hui un jour sombre pour les États-Unis, pour l'Amérique et le monde.

Deux choses peuvent tout de même nous permettre de garder espoir.

D'abord, Donald Trump devra passer de ses déclarations de campagne incendiaires à la mise en oeuvre de ses politiques. Le Congrès et le Sénat sont républicains, certes, mais il s'agit là de républicains majoritairement mécontents de la victoire de Trump lors de l'investiture républicaine.

Est-ce que ce sera suffisant pour les encourager à mettre des bâtons dans les roues du nouveau président? On me pardonnera ma potentielle naïveté, mais il me semble qu'on peut, au moins sur certaines questions, l'espérer.

Ensuite - et surtout - le mouvement initié par Bernie Sanders n'est pas mort. On peut déjà dire que la victoire de Trump en elle-même aura servi à crever l'abcès que représentait pour les Américains la corruption de l'élite politique et économique, ou plus précisément, son incapacité chronique à passer de la parole aux actes rapidement, efficacement, et cela sans reculer devant les menaces des grandes fortunes et des grandes multinationales.

Maintenant, si Trump ne rend pas la marchandise et déçoit ses électeurs, tous les espoirs sont permis pour 2020, et la table sera mise pour l'arrivée en poste d'un gouvernement ayant véritablement à coeur la justice sociale - cela pour les bonnes raisons, et en proposant les bonnes solutions, cette fois.

Entre temps, si la campagne de Trump n'était pas qu'un show de boucane destiné à faire voter les angry white men, et si Trump tente - et arrive - à mettre en oeuvre ne serait-ce que la moitié des politiques qu'il a défendues en campagne à l'encontre des Mexicains, des musulmans, ou en faveur de la réouverture des centrales au charbon, (pour ne donner que trois exemples), il semble effectivement - et malheureusement - légitime que l'on s'inquiète pour l'avenir des États-Unis, de l'Amérique et du monde tel que nous les connaissons.

Alexandra Malenfant-Veilleux

Doctorante et chargée de cours en philosophie à l'UQTR

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