Et si non, c'était vraiment NON?

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Le Nouvelliste

Je viens de voir la vidéo portant sur le non-consentement. J'ai été renversée, troublée, stupéfaite même. Selon moi, ce genre d'annonce n'est en rien valable et encore moins efficace.

En effet, on est en droit de se demander: mais à qui s'adresse cette vidéo? À des petits de la maternelle qui dessinent encore des bonshommes allumettes? À un public qui veut se détendre, sans être trop dérangé par une réalité pourtant si choquante, celle-là même qu'on dénonce si maladroitement? À ceux qui n'ont précisément pas besoin de ce genre de vidéo pour ne pas violer, puisque jamais ils ne le feraient?

Certes, on veut parler de non-consentement. Mais pas de n'importe quel non-consentement. Pas de celui qu'on ferait à l'achat d'un tricycle... non! De celui qui devrait avoir lieu pour éviter un viol. Les sévices, la violence et le mépris portés au corps de l'autre, qu'en fait-on dans ce message fleur bleue?

Lors d'une agression, les bleus sont loin d'être des fleurs... Ils existent bel et bien et se trouvent partout: au corps et, pour toute la vie, au coeur. Mais ce message ne montre rien de tout ça. À l'écoute, on pourrait même se croire comme des femmes aristocrates plutôt que comme des femmes en danger. 

Certes, le narrateur nous invite à prendre le thé ou... à le refuser, mais là encore, il y va d'une explication toute bienveillante, et ce, à l'endroit même du violeur potentiel, évincé par un non-consentement. Je le cite: «C'est sûr que c'est peut-être fâchant d'avoir fourni autant d'effort pour faire un thé...» Que de compréhension envers ce pauvre homme! En effet, après tous les efforts qu'il a fournis voir que sa proie n'a plus soif...

Par cette vidéo, on n'aura réussi, d'après moi, à n'être, une fois encore, qu'euphémisation afin de ne pas trop déranger. D'ailleurs, les seules images de dessins banalisent un sujet dont on veut pourtant dénoncer l'importance. Les femmes ne sont ni des jouets ni de simples dessins. Et ce sujet est tout, sauf ésotérique!

Ce qui choque enfin et qui, à mon avis, est à la limite du tolérable, c'est l'inconscience du sujet (implicitement: la femme a trop bu) et la conscience tout harmonieuse de l'homme. Il nous est présenté comme jugeant posément. Or, un violeur ne juge pas. Il ne fait pas bouillir d'eau. Sa proie n'est pas une invitée! Un violeur n'a pas son coeur. Sa raison est ailleurs...

Le viol est un acte de grande brutalité. Il faut donc, selon moi, des annonces brutales pour éveiller, si éveiller est du domaine du possible. En effet, si pour éviter les textos au volant on nous montre des morts violentes, si pour contrer le tabagisme on nous présente des dents pourries et pire encore... pourquoi suffirait-il d'utiliser de simples petits bonshommes pour conscientiser le public? Je me le demande sérieusement. 

À cause de la comparaison boiteuse du viol à la simple prise d'un thé, la représentation est quasi banalisée. Le ton condescendant et infantilisant du narrateur atteint son point culminant, alors qu'en finale il dit, et je le cite encore: «Sur ce, je vais me faire une tasse de thé.»

Si le ridicule ne tue pas, Dieu qu'il afflige!

Christiane Asselin

Trois-Rivières 

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