L'aventure du saucisson maudit

Si vous êtes un Français ou une Française... (La Presse)

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Si vous êtes un Français ou une Française en visite au Québec et que l'idée vous a pris d'apporter des saucissons ou des charcuteries bien de chez vous pour les partager avec votre famille ou vos amis, l'arrivée à l'aéroport de Montréal-Trudeau peut devenir un cauchemar. La découverte de trois saucissons dans les bagages d'une mamie française lui aura valu une amende de 1300 $...

La Presse

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Le Nouvelliste

Qu'est-ce qu'un parent québécois apporte à son enfant vivant en France? Du bon sirop d'érable. Pourquoi pas? Du sirop pour qu'il se souvienne qu'il est Québécois.

Qu'est-ce qu'un parent français apporte à son enfant vivant en France? Du bon saucisson. Pourquoi pas? Du saucisson pour qu'il n'oublie pas qu'il est Français. 

Eh bien! Le 30 juin dernier, une mère franco-québécoise est venue voir son fils, sa belle-fille et ses petits-enfants avec trois saucissons dans sa valise. 

Fatiguée du vol, du décalage horaire, en plus d'un tour de rein qui faisait des siennes depuis une bonne semaine, elle remplit mal et à la hâte sa fiche de déclaration. Tout en faisant très vite, dans le brouhaha du hall d'accueil des passagers avant la douane. Elle omit de déclarer ses saucissons. 

Elle récupéra ensuite sa valise, se dirigea vers la sortie à pas de tortue en raison de son dos bloqué et d'une oreille qui ne s'était pas tout à fait débouchée depuis l'atterrissage. Mais avec la satisfaction d'être arrivée à bon port. Quand surgit un grand douanier d'une trentaine d'années, aux yeux gris perçants, qui lui demanda son passeport.

En feuilletant ses documents et sa fiche de déclaration, il lui demanda si elle avait du foie gras, du jambon ou du saucisson dans sa valise.

Épuisée, à moitié hébétée par tous les événements survenant en cascade, l'horloge interne à moitié déboussolée, elle répondit non. 

Le douanier répliqua: «Suivez-moi, Madame.» 

Ils passèrent une porte dérobée et se retrouvèrent devant un comptoir avec un ordinateur. Le douanier ouvrit la valise et découvrit immédiatement les trois malheureux saucissons. Il ne se soucia pas des centaines de pilules et sachets de calcium de prescription jetés en vrac dans leurs boîtes, pour gagner de la place, qui se baladaient librement dans la valise, ni des trois fromages de chèvre odorants à peine dissimulés. Le douanier ne les vit pas.

Il avait trouvé ce qu'il voulait trouver. De la charcuterie! 

Il a fait son flagrant délit du jour et peut-être a-t-il mérité une prime à la fin du mois, ou un bon point pour son bon travail. 

L'histoire s'est terminée avec une amende de 1300 $ pour trois petits saucissons. Assez salé merci! La petite dame est repartie dépitée avec son mal de dos, son décalage horaire, son oreille gauche bouchée par la dépressurisation du vol, la valise complètement chamboulée et le sentiment d'être une trafiquante internationale.

Malgré l'amitié qui unit nos deux pays et nos deux peuples, pas touche aux méchants saucissons. Dangereux saucissons! 

Bien sûr, il y a un marché à protéger ici et des normes sanitaires à respecter et chaque pays a ses us et coutumes et ses lois sur l'importation.

Faut-il quand même mentionner au passage que trois saucissons ne vont pas faire tomber le marché du saucisson québécois. Que les Français consomment du saucisson depuis un bon bout de temps et que les empoisonnements massifs ou minimes attribuables à cette saucisse étuvée sont quasi nuls. 

Comme le sirop est un emblème du Québec avec d'autres produits typiques, artisanaux et traditionnels, le saucisson est aussi pour les Français une fierté de leur terroir et de leur savoir-faire. 

Quand est-ce que les Français pourront venir au Québec avec un beau saucisson, une petite saucisse sèche au thym, de la rosette des Alpes ou de l'andouillette?

Voici donc un plaidoyer pour tous les ressortissants français et leurs familles. Mettez de la pression dans les ambassades et les consulats pour libérer les saucissons et ouvrir les frontières à la charcuterie. 

Indignez-vous Français, Françaises et demandez d'avoir le droit d'apporter du fromage, de la charcuterie et d'autres produits artisanaux à vos familles vivant au Québec et à vos amis québécois. Ça fera des apéros et des 5-à-7 mémorables.

Vincent Sivell

Trois-Rivières

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