Peut-on se permettre de ne pas avoir de football?

Avec des taux de décrochage élevés chez les... (François Gervais)

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Avec des taux de décrochage élevés chez les garçons et leur disparition tranquille des études supérieures, chaque élève masculin qu'on garde à l'école constitue une victoire en soi.

François Gervais

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Le Nouvelliste

Cette lettre s'adresse aux membres du conseil d'administration de l'UQTR et à ceux qui s'opposent encore au retour d'une équipe de football.

Dans l'esprit de plusieurs étudiants, l'université est un passage obligé avec l'espoir d'un emploi stable et bien rémunéré. Pour moi, l'université a été bien davantage, c'est-à-dire un milieu de vie, une expérience et une formation qui, sans le sport, aurait manqué la cible. Quête de savoir et engagement moteur ne sont pas incompatibles. Ils vont plutôt de pair. C'est ce genre d'environnement dont j'ai bénéficié, comme beaucoup d'autres à l'Université de Montréal.

J'ai obtenu en 2013 un diplôme de doctorat en pharmacie, au terme d'une carrière sportive de 5 ans avec l'équipe de football. Et si je le mentionne, ce n'est pas dans le but de narguer qui que ce soit de la famille des Patriotes. Je suis né à Trois-Rivières, j'y ai grandi, étudié et c'est ici que je veux m'établir sur le plan professionnel. 

À l'époque, quand il m'a fallu faire un choix, l'UQTR n'a jamais été une option. Certes, il n'y avait pas un programme de pharmacie, mais j'étais ouvert à plus d'un domaine en santé. En fait, je rêvais de poursuivre ma passion dans les rangs universitaires et d'obtenir un diplôme de qualité. Des diplômes de qualité, l'UQTR en offre, mais pas de football. Comme une majorité d'étudiants-athlètes universitaires, c'est le programme de football qui a d'abord dicté mon choix .

Oui, une véritable passion! Le football, ça ne s'explique pas trop, ça se vit. Il fallait être là, dix ans auparavant à Trois-Rivières, quand nous avons remporté le Bol d'Or au stade Diablos devant une salle comble. Des gens étaient même perchés dans les arbres! Ou encore au stade Percival-Molson en 2014 quand les Carabins ont remporté leur première Coupe Vanier. C'est le genre de moment magique qui galvanise une université traditionnellement impersonnelle et qui excite, dans le bon sens du terme, ses étudiants comme ses employés.

Mais l'équipe de football, où trouve-t-elle son origine? La base de la pyramide, c'est le milieu scolaire avec des jeunes gars en quête de leur identité, des élèves qui n'aiment pas nécessairement l'école. Ce sport va les retenir. Même si le football est exigeant, ils vont persévérer et se développer une estime de soi. Avec des taux de décrochage élevés chez les garçons et leur disparition tranquille des études supérieures, chaque élève masculin qu'on garde à l'école constitue une victoire en soi.

Un mot encore sur les entraîneurs du football; des hommes qui m'ont profondément touché; des hommes qui m'ont transformé de l'enfance à l'âge adulte; des hommes pour qui la famille était une valeur fondamentale; des hommes qui m'ont fait comprendre que l'entraide et le respect ont prévalence sur le reste. Ils ont contribué à faire de nous tous, footballeurs, des citoyens responsables. La Mauricie a cruellement besoin qu'on les attire et qu'on les retienne ensuite, d'où l'importance d'une équipe de football universitaire.

Enfin, la question budgétaire. Serait-ce pour des motifs de cette nature qu'on se prépare à dire non à l'UQTR? La question pour vous est la suivante: est-ce qu'on peut se permettre d'avoir une équipe de football? Mais la question devrait plutôt être: est-ce qu'on peut se permettre de ne pas avoir d'équipe de football?

La communauté d'affaires de Trois-Rivières et beaucoup d'anciens se sont alliés pour offrir à l'UQTR un projet bien ficelé avec les outils pour former rapidement une équipe compétitive. La qualité du football collégial au Québec est éloquente avec 32 équipes. De par son historique de football et sa position géographique, Trois-Rivières a tous les atouts pour devenir une équipe solide dans une ville qui a maintenant le vent dans les voiles.

On dit souvent que l'argent mène le monde. J'ai plutôt tendance à croire que ce sont les communautés qui mènent notre monde.

Notre environnement et les gens qu'on côtoie importent plus que tout le reste. La Mauricie a fait bien des efforts pour se revitaliser. Il faut maintenant poser des gestes concrets. Comme acteur de premier plan, l'UQTR doit s'affirmer et se rapprocher de sa communauté avec un projet collectif, rassembleur, un tronc commun qui pourrait s'appeler la fierté et qui se réaliserait d'abord dans une équipe de football universitaire.

Jonathan Beaulieu-Richard, 

ex-joueur de football des Diablos, des Carabins et des Alouettes de Montréal

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