Le temps n'est pas un gâteau

René Lévesque... (PHOTO: MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE)

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René Lévesque

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Le Nouvelliste

On ne peut pas se substituer au temps, on s'y surajoute. Quand on s'y surajoute, on ajoute donc une tranche. On n'essaie pas d'entrer dans une tranche plus ancienne.

C'est pourtant ce qu'a fait Lucien Bouchard, dans ses propos sur les idées avancées par Jean-François Lisée, en invoquant René Lévesque et ses réflexions. Ça s'appelle un retournement. Un retournement de sens historique.

Bien sûr que le René Lévesque de 1976 n'aurait pas apprécié un discours cherchant à limiter l'immigration ou à imposer des normes particulières aux immigrants. Simplement parce que la situation globale de 2016 n'a aucune espèce de point commun avec celle du fondateur du PQ de 1968

Que Lucien Bouchard veuille jouer à rabrouer est légitime. Mais de se servir d'un truc de superposition historique pour avoir raison est plutôt déraisonnable. Cela dénote un manque flagrant de synchronie. Il parle comme si tout s'était passé dans le même temps, de Lisée à Lévesque. Eh ben non! Comme pourrait dire l'autre -Trudeau, Justin- «on est en 2016», et l'heure de gloire de Lévesque est en 1976.

Du côté de la Charte dite des valeurs, M. Lévesque, un homme du 20e siècle, - il est né à Cambellton, Nouveau Brunswick, en 1922, puis élevé à New Carlisle en Gaspésie - est déjà moderne dans les années 1960-1970. Il n'aurait même pas pu imaginer qu'une charte de la laïcité - lâchez-moi le mot «valeurs» - puisse un jour être salvatrice dans un effort de sens commun pour le bien commun. Comment diable l'aurait-il pu?

Mais l'esprit qui animait M. Lévesque aurait pleuré les dénis de démocratie que nous avons vécus, notamment en 1995 et de 2002 à 2016. Autant qu'il aurait «saigné du nez» devant autant de corruption et de détournements de millions de dollars. 

Enfin, en évoquant les «minorités», M. Lévesque était forcé de constater qu'elles étaient majoritairement anglophones et protestantes. Malgré les élans laïcs et le désistement envers le catholicisme. Rien que d'écrire cela et le décalage d'avec aujourd'hui fait mal à sentir.

Il y a à comprendre, de ces erreurs, que le temps s'inscrit toujours dans une ère, une époque qui a ses propres repères. Ses paramètres. De faire l'amalgame des années 1960-1970 avec 2014-2016 ressemble tellement trop à un jeu de «Qui perd gagne» que c'en est désolant.

Jean-Claude Soulard

Trois-Rivières

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