Quand Lucien Bouchard fait parler Lévesque

L'ex-premier ministre du Québec Lucien Bouchard.... (Le Soleil)

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L'ex-premier ministre du Québec Lucien Bouchard.

Le Soleil

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Le Nouvelliste

De quoi cette insupportable manie de faire parler des morts lorsque des politiciens sont à court d'arguments est-elle le symptôme?

De notre faiblesse intellectuelle? De notre paresse collective? De notre incapacité à soutenir un véritable débat d'idées? Bref, existe-t-il un certain «sommeil dogmatique» dans lequel nous nous enfonçons pour éviter d'affronter un monde surprenant et en perpétuel changement? Sommes-nous, à ce point, prisonnier du passé? 

Un Bouchard qui s'imagine entendre la voix d'un Lévesque. Ben coudonc. On est descendu bien bas. Dans les bas-fonds de la pensée où tous les coups sont permis pour discréditer un adversaire politique et pourfendre, par la même occasion, une idée qui nous paraît irrecevable.

En l'occurrence, ici, la laïcité, synonyme pour certains politiciens et journalistes québécois de fascisme (ni plus ni moins, vous avez bien lu) quitte à fermer les yeux sur l'essentiel. Les origines de la barbarie qui endeuille l'humanité.

Alors, faites parler un mort et tout ira pour le mieux! Pas n'importe quel mort tout de même. Entendez-vous la voix de René Lévesque?

Je vous écoute Monsieur Bouchard, je n'entrevois pas une once de réflexion dans vos paroles. Si vous avez des idées sur ces questions aussi sensibles que l'intégration, l'islam politique, la laïcité et j'en passe, je serai heureuse d'en prendre connaissance. Si jamais vous n'avez rien à dire sur le sujet alors de grâce, laissez les morts tranquilles et foutez-nous la paix!

«Si la parole est d'argent, le silence est d'or», dit-on... Surtout, ne vous sentez pas obligé d'avoir un avis sur tout. Ces questions-là sont suffisamment complexes et importantes pour exiger le meilleur de nous-mêmes. Ne faites pas votre «Ti-Joe connaissant» à la praline. Celui qui croit savoir et qui ne sait strictement rien. Nous ne pouvons pas tout connaître. Reconnaissons-le, humblement. 

Par les temps qui courent, nulle place à l'improvisation ni à la désinformation. L'ambiguïté est notre pire ennemi. Il n'y a rien de plus légitime pour une société que d'établir des balises clairement définies pour définir et gérer le lien social. C'est ce qu'envisageait de faire la fameuse Charte des valeurs, la patente à Drainville (si vous préférez). Il n'y a là rien d'indécent. Bien au contraire. 

Là où vous voyez de l'exclusion, j'y vois de l'inclusion. Force est de reconnaître que pour envisager une saine participation à un projet collectif, établir un contrat social est la moindre des choses, une forme de minima sociétal. Même des nations aussi «vieilles» que l'Italie, l'Allemagne, la Suède, la Norvège, le Danemark, la Suisse, l'Angleterre, les Pays-Bas, la France, la Belgique et l'Espagne sont traversées par de complexes questions identitaires qui mettent à nu des politiques d'immigration à bout de souffle.

Pourquoi ne pourrait-on pas en parler, ici, au Québec? L'érosion de l'espace public, du fait des revendications politico-religieuses de plus en plus insistantes de groupes organisés qui se réclament de l'islam politique constitue une source d'inquiétude pour bon nombre de nos concitoyens. Pourquoi le taire? D'où vous vient ce mépris? Comment expliquer votre indifférence ?

Il est plus qu'urgent de redéfinir une Charte des valeurs de la citoyenneté et de l'intégration qui réaffirme le caractère laïque de l'État, l'égalité entre les hommes et les femmes et la primauté du français.

Voilà un bon début. Qu'en dites-vous? 

Djemila Benhabib

Écrivaine

Trois-Rivères

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