Le philosophe à la rescousse de Trump

Donald Trump, candidat républicain à la présidence américaine.... (AP)

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Donald Trump, candidat républicain à la présidence américaine.

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Le Nouvelliste

L'auteur, David Crête, est professeur de marketing, École de gestion, à l'UQTR

Dimanche soir, Donald Trump avait beaucoup à perdre lors du deuxième débat des présidentielles. Du point de vue de la mécanique, il a bien fait alors qu'Hillary Clinton a remporté la bataille du contenu.

L'époque est aux débats politiques: après ceux du PQ, ceux des présidentielles américaines. Mais comment remporter un tel débat ? Existe-t-il une recette ? Oui et non.

Il faut revenir à la source et aller au-delà de tous ces experts en communication qui pullulent. En 1830, le philosophe allemand Arthur Schopenhauer publiait L'art d'avoir toujours raison ou quoi faire pour gagner, au mieux, sortir vivant d'une telle joute.

D'abord, les adversaires devraient être du même niveau, en savoir et en intelligence. Si le savoir manque à l'un, il ne comprend pas tout et n'est pas au niveau. Si c'est l'intelligence qui lui fait défaut, son irritation pourra le pousser à la mauvaise foi, à la ruse et à la grossièreté. Donc, ne pas débattre avec le premier venu, seulement avec ceux que l'on connaît. 

Le philosophe y va de stratagèmes que tout débatteur devrait connaître. Donald Trump, en le sachant ou non, en a utilisé plusieurs. Parmi ceux dictés par Schopenhauer :

1) L'extension abusive: déformer l'affirmation de l'adversaire en l'élargissant volontairement pour la rendre fausse.

2) Utiliser de faux arguments: utiliser le mode de pensée de son opposant pour réfuter une de ses propositions fausses au moyen d'autres propositions fausses.

3) Postuler ce qui n'a pas été prouvé: on présente comme évidente une chose qui n'a pas été prouvée.

4) Noyer le poisson: poser beaucoup de questions tout en exposant très rapidement son argumentation défaillante; ceci pour perdre l'interlocuteur qui a besoin de temps pour suivre le raisonnement.

5) Mettre l'adversaire en colère: en étant ouvertement injuste envers lui. Le but est de le mettre hors d'état de porter un jugement juste.

6) L'argument ad hominem: après une affirmation de l'opposant, on montre qu'il est en contradiction avec son comportement ou avec ce qu'il a dit auparavant. 

7) Tirer la conclusion: on impose une conclusion sans demander l'avis de son interlocuteur. 

8) Trouver une exception: dénicher un exemple contraire.

9) Faire diversion: si nous sommes sur le point d'être battu, on fait diversion, on parle d'autre chose et pourquoi pas une attaque personnelle.

10) Déconcerter par des paroles insensées: le but est de déstabiliser par des bêtises qui ont un air savant. Si l'opposant ne peut riposter ou analyser, on fait passer ces paroles pour une preuve irréfutable. 

11) L'attaque personnelle: si l'adversaire est supérieur, et que l'on va perdre, on tient des propos désobligeants, blessants. On délaisse l'objet du débat. Ce stratagème est comme un dernier recours.

Voilà donc un échantillon de techniques sur les manières de se sortir d'une impasse, de survivre à une controverse et mettre un adversaire KO. On est ici dans l'art des apparences afin de convaincre l'auditoire que nous avons raison même si, en vérité, nous avons tort. Dimanche soir, pas de KO, mais Schopenhauer aura permis à Trump de s'en sortir vivant.

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