«Laissez-nous NE PAS croire en paix!»

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Le Nouvelliste

Le 29 septembre dernier, Gaétan Bérubé, enseignant en Éthique et culture religieuse [ÉCR] et responsable de la pastorale du baptême dans sa paroisse de Shawinigan, répondait à un de mes textes publié dans Le Nouvelliste, le 14 septembre, dans lequel j'affirmais que le ministère de l'Éducation du Québec devait retirer le volet RELIGION du cours ÉCR et bonifier les volets ÉTHIQUE et CULTURE tout en laissant l'enseignement religieux aux familles et aux lieux de culte.

D'entrée de jeu, je dois avouer qu'il y a près de 15 ans, j'étais totalement en accord avec l'offre d'un cours ÉCR au secondaire. En effet, en ces temps, les concepteurs du programme m'avaient laissé croire que le cours s'en tiendrait aux éléments historiques et qu'en aucune occasion, ce tel cours devait valoriser l'adhésion et le fait d'appartenir à une religion.

J'avais même cru comprendre que ce cours montrerait les deux côtés de la médaille, les bienfaits et les méfaits des religions, et s'en tiendrait seulement aux faits historiques.

Certains promoteurs du programme disaient même que ce cours ne devrait pas être donné par un militant d'une religion, ou un animateur de pastorale, et devrait être dispensé par un enseignant d'histoire. Les promoteurs parlaient de l'importance de la neutralité religieuse et avançaient même qu'il n'y aurait aucune valorisation du fait de croire ou non à une religion. 

Tout récemment, différentes études sérieuses montrent que ce désir de neutralité n'est pas respecté et la lettre de monsieur Bérubé permettra à tous de conclure que cet enseignant affiche clairement une position en faveur des religions et surtout envers la religion catholique.

En effet, la conclusion de sa lettre qui dit «J'ai le goût de servir l'Église du Christ à travers le quotidien de la vie des gens qui m'entourent» montre clairement la mission qui l'anime dans sa vie privée et... publique.

Il en a parfaitement le droit, mais dans sa famille et son lieu de culte. Je respecte totalement le droit de croire et de non croire. Les gens ont le droit de croire à la religion qu'ils veulent, comme ils ont aussi le droit de croire à l'horoscope et au fait qu'il va pleuvoir si on tue un crapaud.

Tous se souviendront que dans les siècles précédant la Révolution tranquille, la religion était très présente à l'école québécoise et, il y a un ou deux lustres, le Québec, par son ministère de l'Éducation, a fait le choix de retirer l'endoctrinement religieux et la valorisation de l'appartenance religieuse des mains des enseignants. Tout cela dans la foulée du rapport Proulx.

Devant ces faits, devant la baisse du nombre de prêtres et de religieuses, des bénévoles laïcs ont pris la relève, tout comme monsieur Bérubé, en s'engageant à l'extérieur de l'école, dans leur paroisse, pour réaliser la préparation aux différents sacrements. Cela ne me regarde en rien.

Il y a quelques mois, en avril 2015, arrive le fameux jugement de 198 pages de la Cour suprême du Canada qui interdisait au maire de Chicoutimi de prier dans les assemblées municipales. Ce jugement est très clair et laisse croire qu'on ne peut imposer une croyance religieuse à quelqu'un qui ne veut pas la voir et exposer une personne à des manifestation ou des rites religieux qu'elle ne veut pas.

Si cela est vrai pour un conseil de ville, ces mêmes principes devraient, selon moi, être de circonstance dans les classes de l'école. 

Il y a quelque temps, dans Le Nouvelliste, une dame, madame Hélène Arseneault, s'adressant à madame Andréa Richard, titrait : «Laissez-nous croire en paix!». Je suis d'accord avec madame Arseneault. Elle a le droit de croire en paix, mais elle a aussi le devoir de respecter celles et ceux qui crient «Laissez-nous NE PAS croire en paix!».

Pour moi, en tant que pédagogue, la seule façon, pour l'école, de faire cohabiter ensemble le croyant et le non-croyant est de retirer le volet RELIGION du programme ÉCR et je comprends pourquoi 1316 personnes ont signé la pétition de madame Andréa Richard, la première journée de sa parution sur le site de l'Assemblée nationale du Québec.

Je demeure fort convaincu que monsieur Bérubé, en bon pédagogue, comprendra le sens de mes propos et il sait sûrement que seule la laïcité fait en sorte que toutes les valeurs qu'il doit promouvoir [générosité, compassion, honnêteté, entraide et humanisme] pourront être enseignées dans un cadre d'Éthique et de culture citoyenne, et ce, en respectant les besoins spirituels de tous, sans «risque» d'endoctrinement religieux. 

Monsieur Bérubé termine sa lettre en me demandant «quels sont mes choix?». Je tiens à lui dire que ceci est du domaine du privé.

Ghyslain Parent, Ph.D.

Professeur titulaire

Département des sciences de l'éducation, UQTR

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