Soulager la souffrance invisible

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Le Nouvelliste

Nous sommes nombreux à avoir été choqués lorsque certains évêques catholiques, dans l'Ouest du pays, ont recommandé à leurs paroisses de ne pas célébrer de funérailles religieuses pour un défunt ayant eu recours au suicide assisté.

Dans leur lettre - qu'il faut lire pour bien savoir de quoi on parle -, ils abordent aussi le sacrement de réconciliation et celui de l'onction des malades demandés dans les mêmes circonstances, avec certaines nuances selon le cas. 

On peut certainement voir là une importante maladresse. Surtout après les appels incessants du pape François à la miséricorde durant toute l'année, et celui qu'il réitère dans Amoris Laetitia - La joie de l'amour - soit, pour les pasteurs, de miser sur l'accompagnement, le discernement et l'intégration des personnes qui vivent des situations complexes. On voit plutôt dans ce genre de directives le jugement, la rigidité et l'exclusion.

Je ne me porterai donc pas à la défense de cette attitude. Je saluerai par ailleurs la réponse compréhensive des archevêques de Montréal et de Québec et d'autres pasteurs qui ont assez bien manifesté l'esprit qui règne à ce sujet au Québec.

Les souffrances pouvant conduire aux demandes d'aide médicale à mourir appellent les plus grands remèdes que propose l'Évangile: l'amour et la miséricorde. La seule manière de prodiguer ces soins, c'est d'accompagner avec compassion les personnes qui souffrent à ce point et de vivre avec elles un discernement sur leur désir profond devant les gestes à poser.

Cela dit, si l'attitude légaliste n'est pas la voie à emprunter avec les personnes et les familles déjà éprouvées par la maladie et la mort, cela ne veut pas dire que l'Église et les croyants n'ont qu'à suivre le courant du soi-disant «consensus» en approuvant sans réserve les dispositions qui permettent désormais de pratiquer légalement l'euthanasie.

Dans leur propos sur les funérailles, les évêques de l'Ouest ont d'ailleurs cherché à éviter cet écueil: donner l'impression que l'Église célèbre la décision du malade et le geste posé, quand celui-ci a eu recours au suicide assisté. Évidemment, dans ces cas où le sens de la vie et de la mort est en souffrance, l'idée de sauver les apparences devrait être le moindre de nos soucis.

En maintenant néanmoins son opposition au suicide assisté, l'Église catholique ne déroge pas de son enseignement qui veut que les chrétiens protègent toute vie humaine, particulièrement celle des plus vulnérables. Dans le débat public qui a précédé l'adoption de la loi 52, les porte-parole de la plupart des organisations religieuses tout comme de plusieurs associations laïques de personnel médical ont mis l'accent sur l'importance de soins palliatifs de qualité et accessibles à tous. Admettons-le: on est loin du compte dans ce domaine.

L'idée maîtresse n'est pas d'imposer et encore moins de glorifier la souffrance, mais de la soulager à l'aide de nos meilleurs soins médicaux administrés avec toute la compassion dont l'être humain est doté. Autrement dit: agir pour écarter cette éventuelle conviction que le seul soulagement possible se trouve dans la mort accélérée.

Je ne crois pas que les opposants au suicide assisté soient à ce point dogmatiques qu'ils mettent insensiblement leurs principes moraux devant la souffrance humaine. Au contraire. Au-delà des convictions religieuses, il me semble essentiel de mettre en lumière cette souffrance invisible causée par un manque de ressources en soins palliatifs.

Comment soulager le mal-être de personnes qui se sentent délaissées, qui estiment être un poids pour leur famille, qui croient leur vie inutile - puisque non productive - ou ne veulent pas coûter cher à la société à cause des soins qu'elles requièrent?

Ces sentiments peuvent causer une détresse bien réelle et insidieusement susciter la volonté d'en finir. Les soins de fin de vie devraient, d'abord et avant tout, être destinés à soulager, soigner, apaiser et surtout, accompagner la vie dans l'un de ses plus grands mystères. 

Au plan spirituel, l'Église est pour sa part appelée à accompagner les malades dont la mort approche et les familles endeuillées, avec les soins dont elle dispose. Cela inclut, pour les croyants, les rites et les sacrements qui manifestent la présence bienveillante de Dieu. 

Jacinthe Lafrance

Trois-Rivières

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