Énergie Est: une menace pour nos cours d'eau

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«Avec l'élection de M. Trump, nous voyons une possibilité de rediscuter du projet», reprend M. Duboyce à propos de Keystone XL, qui avait été rejeté par l'administration Obama en novembre 2015.

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Le Nouvelliste

L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité, le 11 juin 2009, la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et visant à renforcer leur protection. Cette loi vient confirmer que les ressources en eau font partie du patrimoine de la collectivité et que l'État en est le gardien, au bénéfice des générations actuelles et futures.

Avec l'accord tacite du gouvernement d'Ottawa, et du gouvernement inféodé de Québec (projet de loi 106 qui leur accorde le droit de vous exproprier), des corporations financières milliardaires sont prêtes à risquer l'approvisionnement en eau de millions de personnes en traversant avec leurs pipelines des centaines de cours d'eau d'où cette eau est tirée. Les promoteurs de ces pipelines qui transporteraient le pétrole lourd des sables bitumineux de l'Alberta offrent toutefois un argument de poids: de l'argent par milliards! Surtout pour eux, mais quand même.

Ils s'obstinent de plus à étirer le transport du pétrole vers l'est sur 4500 km, alors que pas moins de 900 000 barils sur les 1 100 000 transportés chaque jour par le pipeline seraient destinés à l'exportation, soit plus de 80 % du pétrole transporté. Le pipeline servira notamment à transporter du pétrole provenant de la région de Williston, au Dakota du Nord, où on exploite du pétrole de schiste. Ce pétrole sera transporté jusqu'au pipeline Énergie Est grâce à un nouveau pipeline qui traversera la frontière, des États-Unis vers le Canada. Ce projet «Upland Pipeline» pourrait transporter quotidiennement 300 000 barils de brut vers le territoire canadien dès 2020. En théorie, près du tiers du pétrole transporté par le pipeline Énergie Est pourrait donc être du pétrole de schiste exploité aux États-Unis. TransCanada n'a évidemment pas abandonné son rêve d'un port pétrolier sur le Saint-Laurent: les recherches continuent.

D'autre part, les opposants au pipeline ont aussi un argument de poids: l'eau potable. Et des inquiétudes. Une étude menée par l'École Polytechnique de Montréal et commandée par le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles du Québec montre que ce projet est risqué. Le ministère de la Défense nationale du Canada émet des réserves car le tracé du pipeline passe à proximité d'une demi-douzaine de bases des Forces armées canadiennes (FAC) en Alberta, en Ontario et au Québec, et traverse même directement la base de Petawawa, au nord-ouest d'Ottawa. La ville de Prince Albert a subi les tracas énormes d'un déversement en juillet dernier. Le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, où le pipeline traverserait le fleuve, s'y oppose également avec l'appui unanime de son conseil municipal. Près de 150 autres municipalités du Québec sont contre. La majorité des chefs des Premières Nations de tout le pays se lèvent contre le projet Énergie Est. La ville d'Edmunston s'oppose au passage de l'oléoduc dans son bassin hydrographique. Aux États-Unis, Anthony Swift, de la Natural Resources Defence Council, a déploré que l'Office national de l'énergie (ONE) ne prenne pas en compte les risques associés à la côte atlantique dans son évaluation du projet Énergie Est, dus à la présence augmentée de superpétroliers. L'UPA prend position contre le projet, etc. Les oppositions abondent. Pourtant, nous sommes bénis des dieux: le Canada possède 7 % des réserves mondiales d'eau potable renouvelable, et le Québec 3 %.

Leur but n'est pas de nous offrir des rabais à la pompe, mais d'exporter le pétrole mondialement et de plus en plus. Ils ne veulent pour l'instant que mettre le pied dans la porte, car après il y en aura pour des décennies, avec comme résultat le délaissement de la recherche des énergies renouvelables, le remplacement en parallèle des vieux tuyaux actuels avec un nouveau pipeline (quitte à utiliser les deux un certain temps), l'abandon ensuite de ces infrastructures qui rouilleront sur place en souvenir. On nous promet en plus des interventions rapides en cas de malheur: on va plutôt privatiser les profits et socialiser le coût des dégâts quand ça arrivera. N'allez pas croire non plus que le pipeline éliminera le transport par train: le nombre de wagons servant au transport du pétrole dépasse maintenant les 20 000 et ça continue d'augmenter, ainsi que la quantité transportée car les voies ferrées sont là depuis longtemps et n'ont pas besoin d'études d'impact pour être utilisées sans retenue.

Conclusion: pas de pétrole, on ne roule pas; pas d'eau, on ne vit pas.

L'heure est au choix...

Jean-Pierre Vallée

Trois-Rivières

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