Heureux naufrage ou jeter le bébé avec l'eau du bain?

L'auteur, Gaétan Bérubé, est enseignant en Éthique et culture religieuse. Il... (Le Soleil)

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Le Nouvelliste

L'auteur, Gaétan Bérubé, est enseignant en Éthique et culture religieuse. Il est aussi responsable de la pastorale du baptême à Shawinigan. Il réagit ici à la lettre du professeur Ghyslain Parent intitulée «Laissons l'enseignement religieux aux familles», publiée dans notre édition du 14 septembre dernier.

Je suis édifié qu'un professeur réputé comme vous, enseignant au département de l'éducation à l'université de surcroît, apprécie ma pédagogie en éthique et culture religieuse. Mais vous diluez mon propos en le noyant finalement dans la thèse suivante: «l'aspect religieux de la culture», est une perte de temps; car ne faisant plus partie de la réalité de 2016. En plus, vous vous acharnez à affirmer vers la fin de votre lettre que l'enseignant fait la propagande des religions. 

Ce n'est pas simplement en étudiant le côté folklorique de la messe de minuit ou en parlant de cabane à sucre qu'on comprend l'identité québécoise. Il ne faut pas simplement se contenter d'affirmer que nos ancêtres étaient niaiseux de croire au démon et qu'aujourd'hui, nous sommes plus intelligents car nous ne croyons plus en ces sornettes ou ces fables, comme vous dites. Bravo, nous avons remplacé le dogme de la religion par le veau d'or de la raison. Peut-on trouver un équilibre maintenant?

Quelle personne, croyante ou non, n'adhérerait pas à ce qui soulage la souffrance de nos frères et de nos soeurs? Qu'y a t-il de mal à avoir la foi et que celle-ci incite à faire du bien autour de soi? Qu'est-ce que ça peut vous faire si la personne le fait pour Bouddha, Jésus-Christ ou Allah? Et que dire du jeune finissant en médecine, partant avec médecins sans frontières, animé par les valeurs humanistes? Est-ce qu'une même action de charité, selon vous, est diminuée parce qu'elle vient d'un chrétien catholique? Et que diriez-vous si elle venait d'une femme qui porte un hidjab (je n'ai pas dit une burka)? Si la personne dit s'engager au nom de sa foi, que l'Esprit Saint guide sa vie pour servir les autres; pourquoi cela vous dérangerait monsieur Parent et madame Richard? Parce qu'ils n'entrent pas dans vos dogmes?

Mes élèves ont regardé le reportage intitulé «Heureux naufrage», où des personnalités québécoises portent un regard sur le vide spirituel de la société québécoise post-chrétienne. Mais le besoin spirituel est bien réel. Prenez par exemple les 2 millions de jeunes qui ont donné leur vie à Jésus-Christ aux journées mondiales de la jeunesse dernièrement en Pologne. 

C'est vrai que l'engagement spirituel ne passe plus principalement dans la «bâtisse» appelée l'église. L'autre jour, une élève m'a demandé une Bible. La soeur d'un autre s'est convertie à l'hindouisme, elle s'est fait un petit ashram au fond de sa chambre. Un autre est allé à la mosquée de Shawinigan. Ces élèves eux-mêmes sont allés voir, sans propagande de ma part. Je ne leur ai pas donné l'adresse de la mosquée! Il y aura toujours des chercheurs de sens. C'est une réalité, quoiqu'en dise votre collègue affirmant: «tout le monde s'en crisse de la religion catholique». Il me semble que vous ne devriez pas occulter cet aspect de la réalité dans la formation des futurs enseignants Monsieur Parent. 

Des gens de tous âges se demandent: Qui peut être Dieu? Dieu guérit-il encore aujourd'hui? Y a-t-il une différence entre la religion et la spiritualité? En France, l'organisme Alpha rassemble des chercheurs de sens. Ils viennent discuter librement, en puisant dans la philosophie et les différentes réponses des grandes religions. Trouvez-vous, monsieur Parent, que tous ces gens sont dénués de raison?

L'époque du refus global est passée. Bernard Émond, cinéaste et anthropologue (dans le reportage heureux naufrage) a bien saisi que les temps ont changé quand il dit: «Je sens une présence avec un P majuscule. Que ce soit dans la nature, en écoutant Bach, devant un geste de bonté... il y a quelque chose qui nous tire vers le haut, mais malheureusement, comme je suis une personne rationnelle de nature... Je n'ai pas la foi mais je sens la nécessité de quelque chose. Peut-être que Dieu n'existe pas, mais il faut faire comme s'il existait.» J'ai le goût de servir l'Église du Christ à travers le quotidien de la vie des gens qui m'entourent. J'aime mieux croire en un heureux naufrage, qui m'oblige à une une foi renouvelée et incarnée dans des relations authentiques, que de jeter le bébé avec l'eau du bain. Et vous, quel choix faites-vous?

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