Aide médicale à mourir: que choisir?

Je m'adresse aux grands malades confrontés à l'aide médicale à mourir. Si votre... (Archives La Presse Canadienne)

Agrandir

Archives La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Nouvelliste

Je m'adresse aux grands malades confrontés à l'aide médicale à mourir. Si votre décision est prise, si vous avez définitivement fait le choix d'y recourir, permettez-moi de vous dire ceci.

J'ignore à peu près tout de votre démarche, mais je veux être en communion avec chacun et chacune de vous pour vous dire, au moment où le médecin vous mettra en marche vers le mourir: «Va vers toi, un peu comme si tu étais à une session zen.» Et si tu as la foi: «Va naître.» Car mourir, c'est naître, ce qu'a dit de façon imagée Charles Péguy, redevenu croyant: «Le tombeau où tout homme se couche [...] est le dernier berceau de tout homme.» Fort de sa foi, Félix Leclerc va dans le même sens avec ce mot fameux: «C'est beau la mort, c'est plein de vie dedans.» Pour sa part, Christiane Singer a écrit un livre, aussi intelligent que poignant, qui raconte la maladie dégénérative qui l'a amenée aux portes de la mort: Derniers fragments d'un long voyage. «Demain [...] est désormais, a-t-elle écrit, le jour de ma naissance.» 

Aux grands malades qui hésitent à demander l'aide médicale à mourir, je rappelle le conseil de Rilke à un jeune poète dans l'éventualité d'une grande détresse: «Laissez votre vie se dérouler. Croyez-moi, la vie a sa raison dans tous les cas.» 

C'est ainsi que la maladie, une oeuvre de la vie, si déroutante soit-elle, provoque l'érosion de l'ego. Par vagues successives et sans pitié, la maladie enlève progressivement ce que tout être humain a mis, couche après couche, sur l'enfant tout nu qu'il était à sa naissance. La maladie nous rapproche de notre être original. À la supporter avec patience, elle nous apprend ce que nous sommes en vérité. 

J'ajoute ceci. Dites-moi comment vous réagissez en vous souvenant des pires épreuves que vous avez surmontées durant votre vie. Comme il est écrit dans la tragédie de Sénèque Hercule furieux, c'est: «Ce qui fut dur à supporter, il est doux de s'en souvenir.» Puissiez-vous supporter encore quelque temps votre condition des plus pénibles, car il vous sera éternellement doux de vous en souvenir! 

Je vous redis ce mot que l'abbé Pierre, très âgé, nous a dit en quittant le Québec pour la dernière fois: «Bon courage!» 

Gérard Marier

Prêtre

Victoriaville

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer